‹ Vie de M. de CoursonChapitre 262 sur 336 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

tout le zèle et toute la prudence dont nous serons capables. »

Cependant, ces leUrcs particulières, écrites en différents temps par M. do Gourson, ne lui parurent pas suffisantes pour consoler une si grande douleur. Le fléau passé, il chargea M. Paillon, qui souvent, à cette époque, lui servait de secrétaire, d'être auprès do tous les prêtres de Saint-Sulpice présents à Montréal l'interprète de ses sentiments, de son affection et des espérances que la foi lui inspirait. Voici quelques passages de cette lettre, digne à tous égards du cœur de celui qui la fit écrire et de la piété du saint prêtre qui la rédigea :

« Nous n'avons jamais plus vivement ressenti, disait-il en commençant, combien votre maison est chère à la Compagnie, que dans cette dure et accablante épreuve que la bonté divine nous donne à porter ensemble. Nous prions Notre-Seigneur et sa divine Mère de vous donner la résignation, la patience et toutes les vertus apostoliques que Dieu veut faire éclater en vous en cette circonstance. Nous espérons que cette maladie ne va pas à la mort, mais qu'elle est pour la gloire de Dieu. Je regarde même comme une marque signalée de la miséricorde divine sur la Compagnie, la grâce que Dieu nous a faite d'appeler plusieurs de nos confrères dans l'exercice même de leurs fonctions. C'est ce qui peut arriver de plus glorieux à une compagnie vouée au salut des âmes. Toutes les sociétés de prêtres, dont le dévouement nous édifie aujourd'hui, ont eu leurs martyrs qui expirèrent en confessant la foi devant les tyrans. La nôtre ne peut glorifier Dieu par ce genre de combat,

dans un pays qui estime et honore le sacerdoce; le seul genre de martyre dont vous puissiez être honorés, c'est celui de la charité apostolique, et la divine bonté n'a pas voulu vous laisser privés d'un si grand honneur.

« Le dessein de M. OUer, dans la fondation de Montréal, était de former un peuple qui fît revivre les mœurs de l'Église primitive, et vous ne pouvez douter que vous ne soyez appelés à réaliser ce grand dessein. Il n'y a pas de moyen plus efficace pour ramener les âmes que le dévouement apostolique, et c'est la grâce la plus signalée que Dieu puisse faire à un peuple que de lui donner des pasteurs qui meurent pour le sauver. Tels sont mes vœux et mes pensées dans une circonstance si triste selon la nature, mais si consolante selon la foi. Je sais que la nature ne peut goûter ce langage, et qu'avec les seules lumières de la raison on ne verrait dans ce fléau qu'une calamité alarmante pour l'avenir du séminaire ; mais nous sommes les enfants des saints et nous marchons à la clarté d'une lumière plus pure que ne l'est celle de notre raison vacillante et ténébreuse. Ne craignez donc pas pour votre communauté ; jamais on n'a vu une maison ecclésiastique ou religieuse périr et s'éteindre pour s'être dévouée au prochain. Dieu, disait M. Olier, fera plutôt de nouvelles créatures que de laisser manquer son œuvre par défaut de sujets. Et si la Compagnie devait se consumer et périr tout entière pour la gloire et l'amour de Jésus-Christ, quel honneur, quelle grâce signalée, Dieu ne ferait-il pas à Saint-Sulpice ! »

L'affliction que les malheurs du séminaire de

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