CHAPITRE XXXVII
Montréal firent éprouver à M. de Courson, n'était pas encore apaisée lorsque Dieu lui en ménagea une autre fort sensible. On a vu que le séminaire de Bordeaux, privé de M. Hamon en 1843 , avait de nouveau changé de supérieur en 1845. Depuis deux ans, M. Rony gouvernait très sagement cette maison quand, pendant les vacances de 1847, étant aux eaux de Plombières, il fut frappé d'une maladie qui le conduisit promptement au tombeau. M. de Courson écrivait le 25 août à un directeur du séminaire de Nantes : « Oui, Notre- Seigneur nous afflige bien vivement, mais ayons confiance en lui ; il nous aime et nous sauvera. Aux douleurs qui viennent de Montréal se joignent d'autres douleurs. Voilà que j'ouvre à l'instant une lettre qui m'annonce que M. Rony est dans un état qui semble désespéré. SU nomen Domini benedictum ! Je m'étends sur ma croix et j'offre à notre bon Maître mes pieds, mes mains et mon cœur. Qu'il frappe où il voudra et comme il voudra. »
Dans l'âme si sensible de M. de Courson, une affliction ne s'amortissait que pour faire place à de nouvelles peines. La mort de tant de confrères l'avait désolé; les difficultés qu'offrit leur remplacement mirent beaucoup d'amertume dans le dernier mois de ses vacances. Il disait humblement à un directeur qui l'avait prié de faire quelque changement dans sa position ou dans celle de l'un de ses confrères : « Le pauvre supérieur de Saint-Sulpice fera de son mieux, en tenant compte du besoin et des convenances de votre séminaire, sans perdre de vue les besoins et les convenances de la Compagnie, qu'il gouverne avec une parfaite incapacité et dans des circonstances
très difficiles. Ne vous adressez pas à lui pour l'accomplissement de vos désirs, mais à la très sainte Vierge, notre seule espérance. A Elle seule de lever les obstacles qui s'opposent à vos projets. »
Cependant, cette fois encore, Dieu bénit sensiblement les nominations qu'après beaucoup de prières, de réflexions et d'inquiétudes M. de Courson se détermina à faire. M. Hamon, qu'il rendit à Bordeaux, d'où il n'avait été tiré en 1843 qu'au prix d'un immense sacrifice, fut reçu avec transport dans ce séminaire, où son souvenir était toujours béni. En enlevant à Clermont cet excellent supérieur, M. de Courson réussit à lui donner un successeur qui, pris dans le séminaire même qu'il allait gouverner, connaissait déjà le clergé du diocèse et en était très avantageusement connu.
Les vides faits à Montréal étaient plus difficiles à combler; cependant, la sainte Vierge ne délaissa pas son o:uvre, et M. de Courson eut la joie de faire partir pour le Canada trois sujets qui s'étaient offerts à lui pour cette mission lointaine. L'un d'eux, M. Pélissier, déjà ancien dans la Compagnie, lui demandait depuis deux ans la faveur d'aller travailler à Ville- Marie. Les besoins du séminaire d'Angers, où il était directeur, les regrets que son départ devait causer au vénérable M. Desgarets, supérieur de celte maison, et surtout la pénurie de sujets qui se faisait sentir alors, avaient seuls pu faire difl'érer une permission qui aurait été donnée si volontiers en toute autre circonstance. Aussi , à la première nouvelle des malheurs de Montréal, M. de Courson s'empressa- t-il d'en donner connaissance à M. Pélissier, afin de connaître