‹ Vie de M. de CoursonChapitre 266 sur 336 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

ainsi lui-même, tout en parlant à un autre: « Si nous nous arrêtions trop sur nos misères, disait -il, nous ne ferions jamais rien. Parlons de Dieu tant que nous aurons une langue, remuons-nous pour Dieu tant que nous aurons des jambes et des bras. Nous ne sommes pas si précieux qu'il y ait lieu à nous ménager pour des temps meilleurs. Et puis, le meilleur de tous les temps est toujours le présent, parce que, en rcalilé, c'est le seul qui soit à nous. Telle est ma philosophie. »

Contre une volonté si fermement arrêtée, M. Houssard, vivement préoccupé de l'état d'affaiblissement où il voyait son bien -aimé supérieur, pressé d'ailleurs par les représentations de plusieurs directeurs, se détermina à faire intervenir l'autorité des consulteurs. Il leur adressa donc, le 12 novembre, une longue lettre qu'il terminait par cette grave réflexion : « Tous ces messieurs pensent que si on négligeait ces avis, chaque membre de la Compagnie, ayant droit à la conservation de son chef, serait fondé à accuser MM. les consulteurs de n'avoir pas fait ce qu'il était de leur devoir de faire, pour conserver un homme si éminemment propre au gouvernem.ent de la Compagnie. »

Dans celte lettre, M. Iloussard demandait que plusieurs injonctions fussent faites au vénérable supérieur par les consulteurs réunis. On devait l'obliger : 1° à réduire le nombre de ses pénitents ; 2° à se choisir un secrétaire pour les lettres ordinaires ; 3" se renfermer deux heures par jour pour expédier le reste de sa correspondance ; 4° se borner à expliquer le règlement et à parler la veille des fêtes, laissant au

premier directeur, comme le faisait M. Émery, le soin de présider à la lecture spirituelle les autres jours ; 5° se résigner à une consultation de médecins.

Malgré sa docilité, M. de Gourson aurait eu, sans doute, bien de la répugnance à prendre ces ménagements , s'il s'était encore senti la force de continuer son travail; mais la gravité du mal vint, sur ces entrefaites, au secours des sollicita Lions de M. Houssard. Après avoir, un jour de novembre, lutté pendant toute une matinée contre les ardeurs de la fièvre, il fut contraint de se mettre au lit. Obligé alors de convenir qu'il était malade et qu'il ressentait même de très vives douleurs, il se soumit sans résistance à tout ce qu'on lui prescrivit. Sa maladie venait d'une très forte irritation d'estomac qui perdit bientôt, il est vrai, son caractère alarmant, mais dont les suites se firent sentir durant plusieurs semaines. Pour accélérer sa convalescence, on désira donc qu'il se retirât à Issy,où il jouirait d'un complet repos.

Ce fut le 22 novembre que M. de Courson quitta le séminaire de Paris pour se rendre à la maison de campagne. Il avait désiré célébrer la fcte de la Présentation de Marie et renouveler ses promesses cléricales au milieu de ses enfants de Saint- Sulpice. De quel cœur il s'offrit ce jour-là à sa grande protectrice ! On en voit quelque chose dans la réponse qu'il fît le surlendemain à un de ses meilleurs amis : « Notre séminaire, lui disait-il, est plein à faire peur, et avec cela le plus pauvre supérieur du monde. Ah ! quel besoin nous avons de la très sainte Vierge ! Comme je me suis jeté entre ses bras, avant- hier en célébrant notre douce et belle fèleî »

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