CHAPITRE XXXVIII 49S
« Écrivez- moi bientôt et longuement, lui disait- il dans une lettre du 23 septembre ; nous sommes toujours occupés devant Dieu des affaires de Rome, des angoisses du souverain ponlife, des passions qui s'agitent contre les jésuites et aussi de tant d'autres maux qui affligent l'Église de toutes parts. Oh! combien nous devons gémir et prier ! — Rome m'inquiète, lui disait-il dans une autre lettre. Espérons cependant que le pieux et excellent pontife triomphera des difficultés effrayantes que lui crée sa grande popularité. Nous l'aimons religieusement et tendrement , sans le connaître, nous désirons que ses vœux s'accomplissent; mais, hélas! que de difficultés! Je ne puis regarder l'avenir que dans le cœur de notre divin Maître. Les commencements de ce pontificat remplissent d'une consolation qui est mêlée d'effroi. Il y a là une crise, crise inévitable à laquelle j'étais préparé, crise que la main de Dieu conduira, mais qui ne sera pas sans alarmes et sans douleurs. »
M. de Gourson étaitencore à Issy lorsqu'aux préoccupations que lui faisaient éprouver les affaires de Rome, vint se joindre le chagrin que causa à son cœur la nouvelle de l'invasion de Fribourg par les troupes fédérales, et des horribles désordres qui l'accompagnèrent. Il fut profondément affiigé des malheurs arrivés aux catholiques de ce pays et des vexations sans nombre dont les ecclésiastiques et les religieux étaient l'objet. Il se souvenait de l'accueil plein de cordialité qui lui avait été fait à Lucerne et dans les autres cantons catholiques, et, comme il l'écrivait à un de ses amis, il versait sur ce pays des larmes intarissables.
Mais il ne se contenta pas de déplorer cette violalion de tous les droits; il voulut, selon son pouvoir et celui de sa société, venir au secours d'une si grande misère. La ville de Fribourg possédait un séminaire où se recrutait le clergé ; non seulement il fut pillé et saccagé à l'entrée des troupes fédérales, mais un décret du 19 novembre 1847 en prononça la suppression ou du moins en confisqua les biens et les réunit au domaine de l'État. A cette nouvelle, M. de Gourson, de concert avec ses consulteurs, crut devoir offrir à M^"" Marilley de recevoir gratuitement au séminaire de Saint-Sulpice quelques-uns de ses ordinands. Il lui écrivit donc, le 4 décembre 1847, une lettre empreinte de respect, de commisération et do dévouement. Après y avoir exprimé l'affliction que lui faisaient éprouver, ainsi qu'à tous les vrais enfants de l'Église , les malheurs qui désolaient le diocèse de Fribourg, il ajoutait : « Au milieu de tant de désolations et de larmes, le séminaire de Saint-Sulpice, qui se dévoue au service de Nosseigneurs les prélats , dans la formation de leurs aspirants au sacerdoce, s'estimerait heureux s'il lui était donné d'apporter quelque remède, si léger qu'il fût, aux plaies de votre Église. Craignant qu'après tant de malheurs vous ne vous voyiez peut-être privé de tout secours pour l'éducation de vos ordinands, il croit entrer dans les desseins de la divine Providence sur lui, en vous offrant quelques places pour les ecclésiastiques destinés à perpétuer le sacerdoce dans votre diocèse. Il est vrai que, privé par le malheur des temps des ressources dont il jouissait autrefois, il est dans la nécessité de mettre des bornes à la générosité de son zèle ; mais il espère que