‹ Vie de M. de CoursonChapitre 269 sur 336 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

la bonté divine, qui l'a fait subsister jusqu'à ce jour, lui fournira les moyens de recevoir ceux de vos ordinands auxquels il vous plairait de destiner les places qu'il se sent presse de vous offrir, dans cette circonstance, comme un témoignage sincère de son dévouement à votre personne sacrée'. »

Au moment où cette généreuse proposition était faite à M^'^ Marilley, le séminaire de Saint-Sulpice n'était pas en état de recevoir de nouveaux élèves, se trouvant, comme on l'a dit, tout à fait au complet depuis la rentrée du mois d'octobre; mais l'ordination de Noël, qui approchait, devait faire des vides et rendre possible l'admission des sujets envoyés par l'évêque de Fribourg. Ce fut surtout pour préparer cette ordination, qui devait être nombreuse, que M. de Courson se hâta de quitter Issy et de rentrer à Paris.

L'approche de ces époques solennelles, destinées à consoler et à réjouir l'Église en lui donnant de nouveaux ministres , fut toujours pour lui un temps spécialement sanctifié par la prière, les gémissements du cœur et les pratiques de pénitence. Étant encore à Nantes, il disait à l'approche d'une ordination: « Que Dieu multiplie les bons prêtres. Quelle immense moisson devant nous! Quand j'y pense, mon âme frémit. J'ai honte de ma nullité, et je voudrais décupler le nombre des séminaires ; surtout je voudrais que l'étincelle de la généreuse charité pénétrât dans le cœur de tous les élèves du sanctuaire. » Ces sentiments de zèle n'avaient pu que s'affermir et se développer en lui depuis qu'il était à la tête du sémi-

1 Lettre du 4 décembre 1847.

naire de Paris, bien plus nombreux que celui de Nantes et où se forment des ouvriers pour tous les pays du monde. Pénétré du désir de ne voir sortir que de saints prêtres de cette maison, rien ne lui paraissait pénible quand il s'agissait d'aider les ordinands à se bien préparer. Non seulement tout son temps était à ceux qui voulaient l'entretenir sur cette grande affaire, mais à la lecture spirituelle, dont il se chargeait toujours en celte circonstance, sa parole prenait un accent pénétré qui allait au cœur. C'est alors aussi qu'il recourait aux prières des communautés religieuses avec lesquelles il était en relation et surtout aux carmélites de la rue d'Enfer, qui, comme on l'a dit, mettaient alors à sa disposition, non seulement leurs ferventes oraisons, mais encore leurs pénitences, leurs jeûnes et les saintes austérités dont on fait si grand usage au Carmel.

M. de Courson ne se croyait pas dispensé par là d'affliger lui-même son corps, en faveur de ceux de ses enfants qui allaient être consacrés à Dieu par la sainte ordination ; et à défaut des austérités que le fâcheux état de sa santé lui rendait impossibles, il tenait, du moins, à observer exactement les jeûnes que l'Église prescrit en ces circonstances. Mais, sur ce point même, son courage était allé au delà de ses forces. Voici comment, après une première journée de jeûne, il s'humiliait de la faiblesse qui le mettait hors d'état d'accomplir, dans son intégrité, le précepte de l'Église : « Mon estomac ne mérite pas les alarmes de votre excellent cœur; il n'est pas trop à plaindre. Ce qui le prouve, c'est que ce matin, vendredi des Quatre- Temps, veille d'une ordination où, à Paris, nous aurons

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