‹ Vie de M. de CoursonChapitre 270 sur 336 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

deux cent vingt ordinands , où à Nantes et dans tous nos séminaires, nous en avons un nombre que je ne saurais dire, cet estomac vient d'absorber une énorme tasse de cliocolat, parce que le jeûne de mercredi a paru lui déplaire. Mon Dieu ! faudra-t-il devenir l'esclave de ce corps? »

Le retour de M. de Courson au milieu des séminaristes de Saint-Sulpice fut un grand sujet de consolations et pour lui et pour eux ; car, à l'intérêt toujours croissant qu'il portait à ses chers enfants, correspondaient de leur part une vénération et une reconnaissance dont il est difficile de se faire une juste idée. Le séminaire de Saint-Sulpice, dans les dernières années de son gouvernement, offrit, plus encore que de coutume, l'image d'une famille où l'amour et la confiance dominent tous les autres sentiments. Plus on l'approchait, plus on se sentait attiré vers lui; et de son côté il répondait à cette filiale affection par une tendresse de plus en plus expansive. « Notre bon supérieur, dit un des séminaristes de cette époque, avait bien l'amour de ses enfants. C'est qu'il les aimait beaucoup lui-même et qu'il ne les oubliait jamais. En santé et en maladie, ils étaient présents à son souvenir. Il nous connaissait tous si parfaitement que nous lui avions appliqué la parole de l'Évangile : Ego , cognosco oves meas. Je connais mes brebis. »

Rien ne lui coûtait quand il s'agissait de rendre service, ou même simplement d'être agréable à ses chers enfants ; il avait même pour eux de ces attentions que l'on peut appeler maternelles. L'un d'eux lui ayant demandé la permission d'aller visiter un de ses anciens condisciples atteint de la petite vérole et

logé "assez loin du séminaire : « Non, mon cher enfant, lui répondit-il, vous prendriez peut-être ce mal et nous l'apporteriez. J'irai moi-même et je vous en donnerai des nouvelles. A mon âge, ajouta-t-il en souriant , on n'a rien à craindre. »

La franchise du caractère, qui, chez M. de Courson, se trouvait jointe à tant d'autres belles qualités, contribuait beaucoup aussi à lui gagner les cœurs. La finesse et les voies détournées lui étaient insupportables. Dans une occasion où son âme avait souffert d'un procédé peu délicat, il disait : « Je suis sincère jusqu'à la rudesse, et je n'aime pas la diplomatie. » Nous n'avons surpris aucune rudesse dans la volumineuse correspondance du bon supérieur, mais à chaque page on y trouve cette franche ouverture de cœur qui lui avait fait appliquer l'éloge que rÉcrilure trace du saint homme Job : Erat vir simplex ac reclus. La vérité était toujours sur ses lèvres , et, si la prudence ne lui permettait pas de dire tout ce qu'il pensait, aucun motif n'était capable de lui faire dire ce qu'il ne pensait pas. Consulté sur la marche à suivre dans une négociation assez délicate, il répondit : « Mon avis serait qu'on y allât simplement et sans cérémonie. Voilà toute ma diplomatie ; arrive ensuite ce qu'il plaira à Dieu. » On a conservé jusqu'à ce jour dans la ville de Nantes le souvenir d'une maxime qu'il aimait à répéter : La meilleure des habiletés est la simplicité chrétienne.

C'était chose connue, à Paris comme à Nantes et dans toutes les maisons de Saint- Sulpice, que M. do Courson ne gardait jamais le souvenir d'un mécontentement. Ou il pardonnait sans rien dire au

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