CHAPITRE IV
en succéda bientôt une autre qui le prépara à la réception des ordres mineurs. La piété que M. de Courson avait apportée à la céréaionie de la tonsure, loin de s'affaiblir, comme il arrive quelquefois, prit ua nouvel accroissement à l'approche de cette ordination ; aussi apprenons-nous de lui-même que Dieu récompensa très libéralement les efforts qu'il avait faits pour se rendre digne des grâces attachées à ces ordres. Écrivant dans la suite à un de ses chers enfants qui se préparait à recevoir la même faveur, il lui disait : « Allez à l'ordination , si le divin Maître vous y appelle; recevez humblement ses grâces, entrez plus avant dans sa maison, resserrez les liens glorieux qui vous attachent à lui. Je vous dirai à l'oreille que l'époque de mon ordination des mineurs est celle de toute ma vie qui a laissé dans m.on âme des impressions plus vives de reconnaissance. Je me rappelle avec délices le jour où j'ai eu le bonheur de recevoir ces ordres. Que n'ai-je reçu de la même manière les ordres sacrés ! Il y a des trésors admirables dans ces ordres, et surtout une grâce d'humilité et d'amour pour les modestes emplois de la maison du grand Maître qui laisse après elle des fruits abondants. Recueillez tous ces fruits, mon enfant, savourez-les : ils vous seront doux et salutaires. «
Les consolations dont Notre-Seigneur inondait l'âme du jeune minoré étaient bien propres à le dégoûter du monde ; aussi voyons-nous par sa correspondance avec ses parents que les pensées étrangères à sa vocation ne lui plaisaient pas et que les nouvelles du siècle étaient sans intérêt pour lui. M-"" Thibault, sa respectable aïeule, lui ayant dans une de ses lettres
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parlé de la révolution d'Espagne, qui en ce moment préoccupait tous les esprits , il lui disait dans sa réponse : « Les mois s'écoulent pour moi comme un songe. Voilà trois ans que je suis au séminaire, et il me semble que ce n'est que d'hier. Je tremble dans la crainte de n'avoir pas bien employé ces précieux moments, les plus heureux de ma vie et d'où dépend mon éternité. Je n'entends, Dieu merci, pas plus parler des affaires d'Espagne que de celles de France. Je ne suis plus du monde et je tâche de ne m'occuper qu'à suivre Notre-Seigneur. Mon affaire est de m'instruire et de me sanctifier pour instruire et sanctifier les autres. L'affaire des rois est de gouverner comme il faut leurs États. Je prie le bon Dieu pour qu'ils s'acquittent bien de leur charge , comme ils doivent le prier pour que je m'acquitte bien de la mienne. C'est là en partie la communion des saints. »
En terminant, le jeune acolyte ajoutait sur un ton moins sérieux : « Je suis très sensible au zèle de ma tante, qui désire que je sache chanter. La Providence partage ses dons, et la vertu veut qu'on se contente de ce qu'elle nous a miséricordieusement accordé. Que Jésus et Marie nous donnent sans cesse leur grâce et leur amour. »
Cette grande ferveur qui, chez M. de Courson, s'alliait à d'excellentes manières et à beaucoup d'aménité, était cause que ses supérieurs le désignaient souvent pour accueillir les nouveaux venus et les aider à s'accoutumer au séminaire. Il s'acquittait avec beaucoup de succès de cet emploi de charité. C'est le témoignage que lui rend M^'' Regnault, évêque de - Chartres, qui arriva à Issy enl819 avec M. Mansart,