‹ Vie de M. de CoursonChapitre 28 sur 336 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

son compatriote et son ami^. « Nous n'avons jamais oublié, dit le vénérable prélat, l'accueil que nous reçûmes à Issy. On était encore en vacances. Deux séminaristes que l'on appelle anges au séminaire, parce qu'ils vont au-devant des nouveaux élèves et les entourent de soins, vinrent à notre rencontre. C'étaient MM. de Courson et de Villefort, l'un devenu supérieur général de Saint-Sulpice et l'autre secrétaire du général des Jésuites à Rome. »

Le zèle de M. de Courson eut rarement occasion de s'exercer hors delà communauté. Tout entière l'œuvre du moment, à sa formation cléricale, il n'avait même pas la pensée de s'occuper d'autre chose. Dans une circonstance cependant nous le voyons faire d'assez actives démarches pour arracher au monde un jeune homme qui paraissait propre à travailler utilement dans le clergé et qui autrefois avait pensé aux fonctions du sacerdoce. Ce genre d'apostolat, auquel il devait le bonheur d'être ecclésiastique, lui fut toujours cher, et rien ne lui coûtait quand il avait l'espoir de désabuser quelqu'un des vanités humaines.

Dans la circonstance dont nous parlons il ne pouvait agir directement, car il ne connaissait la personne en question que par un de ses amis, alors séminariste à Issy. Dans cet embarras il se détermina à écrire au vénérable M. Morel pour le prier de bien accueillir ce jeune homme, qui en ce moment se trouvait à Nantes, et qu'on allait lui adresser. « Ma démarche, lui di-

1 Jean-François- Gabriel Mansart s'allacha à la compagnie de Saint-Sulpice. Après avoir travaillé pendant cinquante -un ans au séminaire de Reims, il y est mort plein de jours et de vertus, le 7 septembre 1877.

sait- il humblement, vous paraîtra peut-être inspirée par une jeune imagination, exallée par une bagatelle. Vous êtes juge, monsieur le supérieur, et tout dépend de vous. Il nous a semblé à mon confrère et à moi qu'on ne risquait rien à entreprendre cette affaire ; si c'est l'œuvre du bon Dieu, elle réussira sûrement; si sa volonté n'est pas là, nous l'adorerons en silence. »

Dans cette lettre, qui est du 29 mai 1820, M. de Courson ne manquait pas de faire une mention spéciale de son pieux ami, M. Louis Richard, qui venait d'être promu à la prêtrise. « M. Richard, disait -il, est donc prêtre, et je suis son clerc. Vous avez concouru, monsieur le supérieur, à faire un saint : il dit la messe comme un ange; il est au troisième ciel. Si je pouvais apprendre de son exemple à aimer mon bon Maître ! Priez pour cela, mon cher Père. Oh ! je voudrais l'aimer de tout mon cœur. Si vous saviez combien il m'aime, et les bénédictions dont il me comble malgré mes continuelles ingratitudes ! Que je l'aime comme M. Richard! Je n'en suis pas digne; il faudrait avoir toujours vécu comme M. Richard. Saint Jean était le disciple que Jésus aimait. »

De son côté, M. Richard écrivait à M. Morel: « Mercredi dernier, j'ai dit ma messe votive de la sainte Vierge à Lorette, avec le calice de M. Olier, et servi par M. de Courson, qui est mon clerc ordinaire. Vous le dirai-je, mon Père? Cet aimable jeune homme m'a à peine vu revêtu de la haute dignité du sacerdoce qu'il s'est jeté à mes pieds pour avoir ma bénédiction. Bon Dieu ! et encore il se plaignait un de ces jours de n'avoir point une foi vive pendant l'action de grâces. »

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L'étroite union qui existait entre ces deux belles âmes, et que la piété seule avait formée, ne tarda pas à être rompue, M. Louis Richard étant mort à la Solitude le 3 octobre 1820 à l'âge de 24 ans. La vie de M. Mollevaut fait connaître les circonstances qui accompagnèrent cette mort de prédestiné et les sentiments d'édification qu'elle inspira à tous ceux qui en furent les témoins. Ces sentiments sont bien exprimés aussi dans une lettre de M. Duclaux au supérieur du séminaire de Nantes. « Je vous écris, lui disait-il, le cœur pénétré de la plus vive douleur, mais en même temps ravi d'admiration sur les bontés et les miséricordes du Seigneur envers les âmes pieuses et saintes. Le très cher et très vertueux monsieur Richard n'est plus ; il est mort hier vers les deux heures et demie ; sa mort est une perte immense pour l'Église et pour la compagnie. Par ses vertus, ses talents et ses admirables qualités il aurait fait des biens infinis. Dieu s'est hâté de l'enlever à la terre pour le couronner. Il est mort comme saint Louis de Gonzague, après avoir embaumé de l'odeur de ses vertus tous les solitaires et tous nos séminaristes qui, jour et nuit, lui ont prodigué leurs soins. J'écrirai à son père les détails de sa maladie et des vertus dont il n'a cessé de donner les plus beaux exemples. Nous l'invoquons déjà comme un saint. »

M. de Courson était en vacances quand mourut son digne ami et ne put lui rendre, comme ses pieux condisciples, les services que réclamait son état. Mais, s'il eut la douleur, en rentrant à Issy , de ne pas retrouver celui qu'il était si heureux de servir à l'autel, ce fut du moins une consolation pour son cœur de

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visiter fréquemment sa tombe et de s'agenouiller devant la croix qui en marquait la place '.

Cependant une consolation plus grande encore lui était réservée. Vingt ans environ après la mort de M. Louis Richard, son jeune frère, aujourd'hui coadjuteur du cardinal -archevêque de Paris, entrait au séminaire de Saint-Sulpice et prenait rang parmi les aspirants à la cléricature. M. de Courson, qui fut son guide en cette importante démarche, avait compris dès lors que Dieu le destinait à faire revivre son vertueux frère par la pratique de la perfection sacerdotale. Ayant fait un voyage à Paris en 1840, il lui écrivait d'Issy le 20 août, alors que sa détermination n'était pas prise encore : « Vous m'avez été bien intimement présent dans mes pèlerinages aux autels de la très sainte Vierge, et surtout au pied de la modeste croix de bois qui ombrage la tombe de votre bon frère, mon pieux ami. Je compte beaucoup sur lui et j'ai l'intime persuasion qu'il vous obtiendra les grâces de lumière et de force dont vous avez besoin. »

1 M. Louis Richard fut inhumé dans le cimetière de Loretle, au milieu du parc du séminaire d'Issy, et derrière la chapelle de la très sainte Vierge. C'est là que depuis M. Emery ont été inhumés tous les prêtres de Saint-Sulpice morts à Paris ou à Issy. A un pas de la tombe de M. Richard se trouvent celles de M. Duclaux et de M. de Courson; un peu en arrière, celle du respectable M. Mollevaut, qui aima si tendrement M. Richard. Les directeurs et les élèves des séminaires de Paris et d'Issy, les solitaires surtout, vont fréquemment prier près de ces restes vénérés.

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