‹ Vie de M. de CoursonChapitre 271 sur 336 · CHAPITRE XXXVIII oOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII oOI

coupable, ou il faisait sentir la faute pour qu'on l'évitât à l'avenir ; mais ce devoir rempli, sans mollesse comme sans amertume, tout était fini. C'est ce qu'il écrivait à un directeur de séminaire qui le croyait indisposé contre lui : « Je gronde quelquefois, lui disait-il, mais je ne boude jamais. » De là le privilège qu'il eut toujours et partout de pouvoir reprendre, même avec sévérité , sans offenser personne ; on lui aurait plutôt su gré de ses réprimandes les plus fortes, parce que l'humeur n'y avait jamais part et que l'affection s'y montrait toujours.

Grâce à cette bonté de cœur, dont aucun des séminaristes de Saint-Sulpice ne doutait, M. de Gourson pouvait continuer sans inconvénient à se montrer un peu sévère dans le maintien de la discipline ; il pouvait, sans exciter de mécontentement, refuser certaines permissions fort convoitées. En voici un exemple. On lui demanda un jour, au nom de toute la communauté, d'assister à un sermon de circonstance que le P. Lacordaire devait prêcher à Saint-Sulpice. Jamais occasion plus favorable de satisfaire le désir que l'on avait d'entendre l'éloquent prédicateur. Malheureusement le sermon devait coïncider avec l'heure de la classe. On se décida cependant, et une députalion se rendit chez M. le supérieur. Elle fut accueillie avec bonté. « Je comprends parfaitement, dit M. de Gourson, que vous souhaitiez entendre le P. Lacordaire; à votre place, je le souhaiterais aussi; mais qu'y faire? le règlement vous lie et me lie moimême. La classe ne peut être déplacée, et par conséquent, à mon grand regret, je ne puis vous accorder ce que vous désirez. » L'un des séminaristes ayant

voulu présenter quelque nouvelle raison: « N'Insistez pas, lui dit M. de Courson avec ce ton de douceur et d'autorité qui lui allait si bien, n'insistez pas, je ne puis changer la règle. » On fut un peu désappointé, mais on fit avec docilité le sacrifice imposé.

Ce que M. de Courson avait refusé dans cette occasion, il était heureux de l'accorder lorsque cela pouvait avoir lieu sans inconvénient. Peu de temps après le sermon dont on vient de parler, on apprit que l'illustre dominicain devait prêcher à Notre-Dame l'éloge funèbre du grand O'Connell. On comprend quelle émotion causa dans l'âme de tous les jeunes Irlandais, qui faisaient partie de la communauté de Saint-Sulpice la pensée d'entendre célébrer par l'éloquent conférencier la gloire du libérateur de leur pays. Le désir en fut exprimé à M. de Courson, qui y opposa d'abord quelques difficultés, mais d'un ton si bienveillant qu'on jugea aisément qu'il voulait rendre le plaisir plus vif, en différant un peu d'accorder la permission. Il allégua, entre autres obstacles, l'heure de la cérémonie qui ne permettrait pas d'être au séminaire pour le dîner. « Nous nous passerons de dîner, dirent d'une commune voix les jeunes Irlandais; le pain de la parole nous suffira. — Allez, répondit M. de Courson, en portant un regard ému sur ces chers élèves, assistez tranquillement à la cérémonie; j'aurai soin du reste. »

Il y avait aussi un Irlandais parmi les solitaires, M. Dowd, aujourd'hui curé de la paroisse de Saint- Patrice, à Montréal. Le vénérable supérieur, qui pensait à tout, ne voulut pas que cet ecclésiastique fût privé de la consolation dont ses compatriotes de

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