CHAPITRE XXXIX
ments il espéra que force resterait à Tautorité et que la tranquillité serait promptement rétablie. « Je vais faire une petite absence, disait-il dans une lettre du 18 février, j'attends pour fixer mon départ que l'inquiétude qui règne à Paris, dans l'esprit public, soit un peu calmée. » On sait ce qui arriva quatre jours après et comment, à l'occasion d'un banquet réformiste, organisé pour prolester contre le ministère, une insurrection formidable se forma dans Paris. Vainement essaya-t-on, par des concessions faites à l'émeute, d'arrêter le mouvement révolutionnaire ; tout fut inutile, et le 24 février on proclama la république à l'hôtel de ville.
Le séminaire de Saint-Sulpice, et son supérieur surtout, ne pouvaient échapper à l'effroi général. La démagogie régnait, toutes les passions se sentaient à l'aise, aucun pouvoir, capable de les contenir, n'existait encore. Dans cet état de choses, M. de Coursonse sentit comme écrasé par la responsabilité qui pesait sur lai. Insensible aux dangers qui n'auraient menacé que sa personne, son bon cœur le livrait sans défense aux peines morales que faisait naître la vue du péril auquel étaient exposés ceux dont il avait la charge. Comprenant que d'un moment à l'autre les derniers malheurs pouvaient fondre sur sa communauté, il ne s'opposa pas au départ des séminaristes qu'effrayaient les troubles de la capitale et qui espéraient trouver plus de tranquillité dans leurs départements. Les autres allèrent aussi momentanément chercher un abri contre le danger, et il ne resta au séminaire que deux ou trois directeurs et quelques domestiques.
Retiré dans une maison voisine, M. de Courson
était tenu au courant de tout. Dès le 25 février, au matin, il se hâta de rassurer et d'encourager ses confrères des provinces : « N'ayez aucune inquiétude à notre sujet, écrivait-il à l'un d'eux, nos chers enfants se sont dispersés, le séminaire n'a pas souffert d'autre dommage ; il n'a même pas été menacé. Soutenons notre courage ; continuons notre œuvre du séminaire. Si des circonstances impérieuses nous contraignent à la suspendre un instant, reprenons-la au plus tôt. Pensons que Notre-Seigneur est notre appui par les mains de la sainte Vierge. » Il donnait les mômes détails et les mêmes encouragements dans la circulaire qu'il adressa le lendemain à toutes les maisons de sa Compagnie. « La très sainte Vierge, y disait-il, est toujours avec nous. Redoublons de confiance envers cette tendre Mère et de zèle pour les séminaires. Nos jeunes gens se sont momentanément dispersés, mais nous occupons toujours la maison, prêts à reprendre notre marche ordinaire. »
M. de Courson pratiquait le premier ce qu'il conseillait aux autres : on s'était séparé dans la soirée du 24 février; dès le 27, au matin, le séminaire de Saint-Sulpice, au milieu des agitations de la capitale, reprit paisiblement le cours de ses exercices ordinaires. Le respect que les insurgés, au milieu môme de l'ivresse du triomphe, avaient lém.oigné pour la religion, inspira cette conflance à M. de Courson, et l'on n'eut pas lieu de s'en repentir. La suite, en effet, répondit à la touchante manifestation du premier jour, et jusqu'à la fin on n'eut à déplorer aucun acte de violence contre les prêtres. « Je ne puis, disait le nonce dans une occasion solennelle, résister au be-