CHAPITRE XXXIX
soin d'exprimer la vive et profonde satisfaction que m'inspire le respect que le peuple de Paris a témoigné à la religion, au milieu des grands événements qui viennent de s'accomplir. Je suis convaincu que le cœur de Pie IX en sera profondément touché ^ »
M. de Courson profita aussi de ces heureux symptômes, dont il n'était pas moins consolé qu'étonné, pour rassurer les séminaires de province dont Saint- Sulpice avait la direction. Le cours des exercices intérieurs ne s'y était pas trop ressenti des troubles extérieurs de la politique ; dans un ou deux cependant , à raison de quelques émeutes survenues dans la localité, on avait pris l'alarme, et, sans attendre d'autres renseignements, les élèves avaient reçu la permission de rentrer dans leur famille. Le zélé supérieur en fut surpris; mais, avec sa bonté accoutumée, il excusa cette résolution précipitée et la mit sur le compte des circonstances extraordinaires où l'on se trouvait. « Les nouvelles de Paris, disait -il ensuite, ont dû porter le calme dans les départements. Le bras de Dieu est admirablement fort et puissant. Ne nous lassons pas d'admirer cette force et cette protection qui sont bien de nature à exciter en nous une confiance plus vive, plus parfaite. Aussitôt que vous serez un peu tranquilles , il faudra engager les jeunes gens à rentrer dans la maison et à continuer
1 On sait ce qui eut lieu, le 24 février, après l'invasion des Tuileries. Le crucifix placé sur l'autel de la chapelle, et le calice qui , le matin, avait servi pour le saint sacrifice, loin d'être l'objet d'aucune profanation de la part des gardes nationaux et de la population parisienne, furent portés comme en triomphe à l'église de Saint-Roch, au milieu des hommages respectueux de la foule qui criait: Vive la religion.
leurs exercices. — Reprenez votre courage, disait-il encore le 2 mars, et, aux pieds de Notre- Seigneur, sous la protection de la très sainte Vierge, marchez en avant. Évitons de plonger des regards inquiets dans un avenir qui ne nous appartient pas. Tout est gagné si nous sommes où Dieu nous veut et si nous faisons ce que Dieu veut. »
Ces derniers mots, si chrétiens et si fortifiants, sont l'expression de la pensée qui soutint constamment M. de Courson, et rien ne montre mieux le grand empire que celte vue de foi avait pris sur son cœur si doux, si pacifique et si sensible, que la constance et le courage avec lesquels il tint ferme à son poste, malgré les secousses terribles qui pendant cinq ou six mois ne cessèrent d'ébranler la capitale. Ce lui était un tourment indicible; mais il n'y avait nul égard. « Le séjour de Paris, écrivait-il le 5 juin, est bien pénible surtout pour le supérieur d'une nombreuse maison. Si j'avais plus de fidélité à m'abandonner à Dieu, je serais plus tranquille, et tout irait mieux autour de moi. Il me semble cependant que le fond de ma volonté est toujours dans la résignation. Quoi qu'il en soit, avec la grâce de Dieu, je ne quitterai pas mon poste, je suis où Dieu me veut. Ah! je serais bien autrement malheureux, si je ne pouvais me rendre ce témoignage. »
Une autre consolation pour lui, au milieu des angoisses que lui causaient les tentatives sans cesse renouvelées des émeutiers, c'était la vue des prières ferventes qui se faisaient dans toutes les églises de la capitale. «Ces bons fidèles de Paris, disait-il, prient la sainte Vierge de tout leur cœur; c'est qu'ils