‹ Vie de M. de CoursonChapitre 275 sur 336 · CHAPiTRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPiTRE XXXIX

ont grand besoin de son secours. On a fait des neiivainesdans toutes nos paroisses, et les églises étaient pleines à l'exercice du soir comme au jour de Pâques. Tant de prières nous obtiendront miséricorde. Quand ces âmes simples et droites prient aux pieds de Marie, elles ouvrent les trésors de la divine miséricorde. La pensée que la très sainte Vierge veille sur nous et nous protège, est ma solide consolation. Hier, disait-il encore, nous avons célébré avec grande consolation la fête du doux saint Joseph , qui est un si bon et si fidèle gardien. Cependant, nous ne sommes pas sans émoi, vous le pensez bien. La crise financière, le mouvement des élections, la difficulté de pourvoir les nombreux ouvriers, donnent lieu à bien des sollicitudes. Chaque jour montre d'une manière plus évidente que le doigt de Dieu est dans tout ce qui ébranle l'Europe. Il faut donc attendre et espérer. Prions beaucoup, et Dieu viendra à notre secours, et sa sagesse marchera devant nous. La France est à Marie. »

L'espérance de M. de Courson ne fut pas vaine. Jusqu'à la fin, la protection de la Mère de Dieu fut visible sur le séminaire de Saint-Sulpice. Si elle n'en écarta pas toujours le danger et l'inquiétude, au moins le préserva -t- elle de la dispersion et de tout malheur réel. Pendant la seconde quinzaine de mai, qui ne fut qu'une série de soulèvements et de tentatives contre le pouvoir, les exercices ne furent pas interrompus. « Ici, écrivait M. de Courson, le lendemain du 15 mai , nous sommes accoutumés à l'émeute, et pourtant chacun de ces mouvements politiques resserre et fatigue mon pauvre cœur. La journée d'hier

a été fort pénible , mais la très sainte Vierge , sainte Geneviève, saint Vincent de Paul ont veillé sur Paris. »

Malgré la victoire éclatante remportée le IS mai,' parles défenseurs de l'ordre, la tranquillité ne revint pas dans les esprits. Ce n'est qu'au moyen d'un immense déploiement de forces qu'on réussissait à contenir les efforts de la démagogie. Les quartiers de Saint-Sulpice, en particulier, par suite de l'établissement de la commission executive au palais du Luxembourg, étaient sans cesse sillonnés par des régiments de la troupe et des piquets de la garde nationale. Le séminaire lui-même dut recevoir dans ses jardins et sous ses cloîtres un détachement de gardes nationaux. « C'est une triste chose, disait M. de Courson, de vivre ainsi au milieu d'un camp et de voir la moitié de Paris en défense contre l'autre moitié. Ah ! montons au ciel avec Notre-Seigneur, et fixons-nous-y en esprit en la compagnie des saints et de Marie , leur reine. »

Les sanglantes journées de juin apportèrent bien d'autres inquiétudes et d'autres douleurs à M. de Courson. Il était à Issy, occupé de sa retraite annuelle, quand la formidable insurrection commença. Malgré la tranquillité extérieure dont il jouissait dans cette paisible localité et le désir qu'il avait d'y achever sa retraite, la sollicitude dont son cœur de père avait à souffrir, ne lui permit d'y demeurer que jusqu'au 25, qui était un dimanche. « Je n'étais pas en repos loin de ma communauté, disait-il plus tard, et je partis pendant que les élèves étaient à la paroisse pour la solennité de la Fête-Dieu. Je trouvai la barrière de

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