‹ Vie de M. de CoursonChapitre 276 sur 336 · CHAPITRE XXXIX SU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX SU

Vaugirard gardée par un piquet de gardes nationaux qui refusèrent de me laisser passer. Je me dirigeai alors vers la barrière de Sèvres, par où j'entrai, protégé par un garde national qui m'avertit que je courais les plus grands dangers, en traversant le faubourg. J'arrivai enfin au séminaire et allai droit à la chapelle, où je trouvai le saint Sacrement exposé. Là j'oubliai toutes les émotions que je venais d'éprouver. »

Hélas ! ce n'était que le commencement des douleurs. « Notre révolution, disait-il à M. l'abbé Richard, a tous les jours des convulsions nouvelles. En ce moment on se bat enoore à Paris. Le cœur d'un prêtre souffre horriblement au milieu des déchirements de sa patrie. Ah ! que ne suis-je un saint ! Que ne puis-je détourner les coups de la justice divine et mettre un terme à tant de maux par mes prières ! »

Ce que le vénérable supérieur désirait si ardemment et demandait avec tant d'humilité, Dieu était sur le point de l'accorder, mais il fallait que dans cette expiation générale de toutes les classes de la société, le clergé eût aussi sa victime. La Providence la choisit illustre et telle que Paris n'en pouvait offrir de plus propre à rappeler le souvenir de la victime du Calvaire. M®'' Affre, comme le bon pasteur qui donna sa vie pour ses brebis , voyant que la lutte se prolongeait et que les insurgés ne se rendaient à aucune proposition, n'hésita pas à s'avancer lui-même entre les combattants, pour supplier les rebelles de déposeras armes. C'était le dimanche, 25, vers les six heures du soir. L'héroïque archevêque, accompagné de MM. Jaquemet et Ravinet, ses vicaires généraux,

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s'achemina vers le lieu du combat, pénétra dans l'intérieur des barricades et remplit avec calme son message de paix. Les exhortations du bon pasteur furent inutiles, mais son sang, plus efficace et plus éloquent que ses paroles, allait produire l'effet tant désiré. Blessé à mort vers les huit heures du soir, il ne cessa, pendant toute la nuit, malgré les douleurs qu'il endurait, d'exprimer le désir que son sang fût le dernier versé, ajoutant qu'il acceptait la mort avec joie, pour le troupeau que Dieu lui avait confié.

Dès qu'il le put, M. de Courson se rendit auprès du vénérable archevêque pour lui exprimer les sentiments dont son cœur était plein. M^^'' Affre, on l'a vu , l'honorait de son affection et de sa confiance; mais en ce moment l'humble supérieur ne pensait pas à lui-même ; avec la multitude des prêtres qui se pressaient autour du pieux mourant, avec la population entière de Paris, il se livrait à la douleur et à l'admiration sur une mort si héroïque, si chrétienne, si apostolique. A la vue d'un tel sacrifice , il se sentait plus de courage pour s'immoler lui-même avec Jésus- Christ; sa croix, de jour en jour plus lourde, lui semblait moins effrayante et moins difficile à porter.

Il écrivait le 3 juillet à M""" Saulny, sa parente : « Nous n'avons eu aucun mal : notre quartier était hors du champ de bataille, et nous avons continué nos exercices, malgré le bruit du canon et les serrements de cœur que ressent un prêtre, quand il est témoin d'une mêlée où des chrétiens et des Français s'en- Ir'égorgent. Mon Dieu! quel temps! Ah! dites à M. Saulny, et comprenez bien vous-même que si je ne vais pas à Nantes, à Vallet, ce n'est pas par in-

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