CHAPITRE XXXIX
différence : c'est que je suis, cloué à Paris comme Noire-Seigneur était cloué sur la croix. Je dois aimer cette croix, parce que c'est la divine volonté qui me l'impose. Avec le secours de la grâce je ne la quitterai ni à la vie ni à la mort. Je suivrai l'exemple de notre vénérable archevêque. Je n'ai jamais beaucoup tenu à la vie; aujourd'hui j'y tiens moins encore : je ne la considère que comme un devoir et une charge. Quand serai-je au ciel avec mes bons parents, qui m'ont élevé dans la crainte et l'amour de Dieu ? Je crois que nous allons avoir quelques semaines de trêve. L'avenir est aux mains de Dieu : l'œil humain ne peut point pénétrer dans les ténèbres de cet abîme, mais notre regard, il est vers Dieu et vers sa douce Providence. C'est là qu'est toute ma confiance, et c'est dans celte confiance que je me repose. »
Dieu accepta le seng de sa victime et ce fut un beau spectacle que celui qu'offrit Paris, au lendemain de celle formidable crise, pendant les quelques jours qui s'écoulèrent entre la mort de l'archevêque et ses funérailles. Du 2 au 5 juillet, la foule ne cessa de se porter à l'archevêché, où le corps de l'héroïque prélat était exposé. Tous voulaient payer un dernier tribut au martyr de la charité , au bon pasteur qui avait affronté la mort pour sauver son troupeau. Beaucoup de prêtres et de fidèles faisaient toucher à la main droite du martyr des objets de piété , des anneaux et des médailles que chacun remportait avec respect comme de précieuses reliques. M. deCourson suivit cet exemple et distribua ensuite ces médailles en plusieurs lieux, particulièrement à Nantes et à Vallet, où se trouvaient tant de personnes qui lui
étaient chères et que ces pieux souvenirs devaient rendre heureuses,
La cérémonie des obsèques répondit à ces premiers témoignages de respect. « Nous voudrions vainement, lit-on dans VAmi de la Religion, rendre l'impression que nous a laissée au fond du cœur l'admirable et religieux spectacle de ces funérailles. Le respect, le recueillement, la tristesse de plus de cent mille spectateurs, accourus sur le passage du funèbre cortège, nous ont surtout rempli de consolation et d'espérance. Tout ce peuple, ému jusqu'aux larmes, comprenait que ce n'était pas un mort ordinaire, ni même seulement un mort illustre qu'on promenait à travers les rues de Paris. Les pleurs d'un grand nombre et la profonde vénération de tous disaient assez haut que dans ce pontife, victime volontaire d'un grand devoir, ils saluaient le pasteur qui avait voulu les sauver, le bienfaiteur qui les protégera du haut du ciel ^ »
Cette religieuse cérémonie, où M. de Courson se trouva à la tête du séminaire, l'émut profondément, et son bon cœur, toujours ouvert à la confiance, s'y sentit un peu soulagé, dans les mortelles angoisses au milieu desquelles il vivait depuis quatre mois. « Oh ! cher ami, écrivait-il à M. l'abbé Richard le 8 juillet, soyez bien fervent en présence des maux de l'Église et de ces lueurs d'espérance qui brillent au milieu des tempêtes. Ces douces lueurs nous ont consolés hier aux obsèques de notre admirable archevêque. Quel peuple que celui de Paris ! quel cœur sous son habit de garde national et sous sa blouse 1