‹ Vie de M. de CoursonChapitre 278 sur 336 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Pourquoi faut -il que ce cœur soit souvent égaré par de funestes doctrines ? »

M. de Courson était toujours disposé à admirer et à louer la vertu et la générosité partout où il les apercevait ; il profitait même volontiers des exemples de dévouement qui, en ces jours malheureux, ne furent pas rares, soit dans l'armée, soit parmi les gardes nationaux , pour s'exciter et exciter les autres à l'esprit de sacrifice : « Même en révolution et surtout en révolution, écrivait-il à un jeune ecclésiastique de ses amis, ne perdons pas notre peine à chercher sécurité dans telle ou telle circonstance des événements extérieurs. Mettons en Dieu notre confiance et marchons devant nous. Les ébranlements que Dieu a faits ou permis sont de telle nature qu'il n'y a pas de raison pour que nous retrouvions ce qu'on appelle la tranquillité, avant plusieurs et peut-être de longues années. Cependant il est nécessaire que les âmes soient sauvées, et les ecclésiastiques ne se tiendront pas à l'écart, pendant que les gardes nationaux s'exposent à la mort pour sauver leurs boutiques. »

M. de Courson fut particulièrement touché du courage avec lequel, aux journées de juin surtout, tant de généraux et d'officiers supérieurs affrontèrent les balles des insurgés ; il faisait allusion à ce trait d'héroïsme et aux sentiments religieux que ces braves guerriers firent paraître, lorsqu'il disait à un de ses parents qui avait embrassé la carrière des armes : « Dans les temps où nous sommes, l'état militaire n'est pas une parade, il exige que l'on soit toujours en disposition de sacrifier sa vie. Cette disposition coûte peu à celui qui se repose dans les espérances

éternelles ; c'est ce que viennent de nous montrer, non seulement notre généreux archevêque, mais tant de braves soldats, tant d'héroïques généraux, qui se sont exposés pour nous aux blessures et à la mort. »

Parmi les officiers dont parlait M. de Gourson se trouvaient deux généraux, ses compatriotes et ses amis. Le général Lamoricière, il est vrai, ne fut blessé que légèrement, mais le général Bedeau courut un grave danger, et sa blessure donna de sérieuses inquiétudes. M. de Gourson le visita souvent tant que dura le mal, et, connaissant combien les sentiments chrétiens étaient vifs dans son âme, il se plaisait à s'entretenir avec lui des grandes pensées de la foi et des espérance! qu'elle met au cœur des vrais fidèles. La première fois qu'il alla le voir, après son entrée en convalescence, il lui porta une Imitation de Jésus-Christ. « Merci, répondit le général, je l'ai déjà ; » et il en tira un exemplaire de dessous son oreiller.

Nous retrouverons bientôt, réunis pour la dernière fois, ces deux amis si dignes l'un de l'autre ; ce sera au séminaire de Saint- Sulpice, quelques jours seulement avant la mort du vénérable supérieur.

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