CHAPITRE V
DERNIÈRE ANNÉE DE M. DE COURSON AU SÉMINAIRE D'iSSY — IL ENTRE A LA SOLITUDE
L'année qui suivit la mort de M. Louis Richard fut la dernière que M. de Courson passa au séminaire d'Issy. Il la sanctifia comme les trois précédentes sans rien faire d'extraordinaire aux yeux des hommes, mais aussi, sans rien négliger de ce qui était prescrit ou conseillé par le règlement de la maison, sans omettre aucun des moyens que la Providence lui offrait pour devenir un prêtre vertueux et instruit. On voit, par les divers cahiers qu'il a laissés, avec quelle exactitude il tenait note des leçons de ses professeurs et même des lectures qui étaient faites à la communauté. Nous avons, écrite de sa main, l'analyse de plusieurs traités de Rodriguez , celle du Livre des Élus par le P. Saint-Jure et même quelques notes prises en 1820 dans le catéchisme spirituel du P. Surin, sur l'oraison de méditation , d'affection et de contemplation. Ces analyses sont substantielles, pratiques et dénotent une grande lucidité dans les idées.
La rédaction en est simple, sans recherche, mais disant beaucoup en très peu de mots.
Dans son analyse du traité de Rodriguez sur la conformité à la volonté de Dieu , il a cité textuellement le passage où saint Bernard fait un tableau des aridités spirituelles dont son âme souffrait quelquefois à Glairvaux : «Mon cœur s'est desséché, il s'est caillé comme du lait, il est devenu comme une terre aride et sans eau , et sa dureté est telle que je ne saurais m'exciter à la componction ni aux larmes. Je ne prends plus de plaisir à psalmodier, je n'ai plus de goût pour la lecture ni pour l'oraison, et je ne retrouve plus les saintes méditations que j'avais accoutumé de faire. Ouest maintenant cet embrasement spirituel? où est cette tranquillité d'âme? où est cette paix et cette joie dans le Saint-Esprit? »
On pourrait conclure peut-être de cette longue citation placée dans une analyse sous ce titre : Beau tableau des sécheresses spirituelles, que le fervent séminariste, après avoir goûté les consolations de la piété, passait vers la fin de son séminaire par les aridités et les angoisses intérieures que ne manquent guère d'éprouver ceux qui marchent dans les sentiers de la vie spirituelle.
M. de Courson ne s'en prépara pas moins bien à l'ordination du sous- diaconat qu'il reçut, le 23 décembre 1820, dans la chapelle de l'archevêché et des mains de M^"" de Quélen, alors coadjuteurde l'ai^chevêque de Paris. Parlant plus tard à un de ses disciples qui s'inquiétait de ne pas éprouver, au moment de se consacrer irrévocablement à Dieu, ces sentiments de ferveur que sembledemander une pareille dé-