CHAPITRE XL
Consulté sur la question des élections qui agitait alors toute la France , Il répondit généralement par le conseil d'y prendre part ; il ne croyait pas que le clergé, sauf le cas de difficultés particulières et locales, se dût abstenir de coopérer au choix des représentants de la nation ; mais, en traçant cette ligne de conduite, qui fut suivie à Paris aussi bien que dans les départements , il recommandait fortement aux directeurs de s'abstenir avec soin de toute participation aux mouvements des partis purement politiques. « Je vous crois trop homme de foi, disait-il le 6 avril à M. Féret, pour penser que vous alliez vous noyer dans les affaires politiques : ce serait vous noyer dans une eau bien trouble. Noyons-nous dans l'océan du saint amour; c'est là que se trouve le salut. »
Ennemi par caractère de toute feinte et de toute dissimulation, il voulait que, si l'on jugeait prudent de prendre part aux élections, on le fît sans employer des précautions extraordinaires pour déguiser ses opinions. « Je ne vois pas d'ailleurs ce que l'on gagnerait à ces feintes dans une ville où tout le monde se connaît. »
Il ne supportait pas davantage qu'un ecclésiastique, en ces temps de crise, recourût à des travestissements, pour se rendre compte par lui-même de l'état des esprits et des agitations de la rue. Une rumeur, qui heureusement ne se trouva pas fondée , lui ayant fait craindre que pareille imprudence n'eût été commise dans une ville de province, il en fut sensiblement affligé. « Que je vous ouvre mon cœur, écrivit- il aussitôt à l'un de ceux qui lui avaient été désignés ; j'ai de l'inquiétude, et c'est à vous que j'en
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ferai confidence, parce que vous n'y êtes pas étranger. On voulait sans doute rendre service à la maison, accroître sa sécurité, mais ce bon dessein ne pare pas aux inconvénients de la mesure, aux conséquences très fâcheuses qu'elle pouvait entraîner. Ah ! il eût été plus sage, plus conforme à notre esprit, à nos mœurs , de s'abandonner pleins de confiance à la Providence, à la protection de la sainte Vierge; et, si quelques renseignements sur l'émeute étaient nécessaires, il eût fallu les prendre par le moyen des domestiques ou de quelques laïques', amis de la maison. »
Ferme sur l'essentiel, M. de Gourson savait admirablement se plier aux circonstances à l'égard des règles moins fondamentales, et il excusait avec bonté ce qui n'était que le résultat de la commotion produite par les événements. « Il ne faut pas nous étonner, disait-il à un supérieur de philosophie, de l'agitation et de l'inquiétude qui existent dans les jeunes têtes de nos séminaristes, et le meilleur remède à appliquer à ce mal, après la prière, est le calme de notre propre conduite, la patience et la douceur. Ces chers enfants craignent et aiment Dieu ; en excitant et ranimant leur esprit de foi, nous les aiderons à triompher de leur imagination et à ne pas oublier le but vers lequel ils tendent. — Maintenez l'ordre et le règlement, écrivait-il à un autre directeur, autant qu'il vous sera possible, en évitant de vous fatiguer avec excès de certains manquements qui tiennent à la légèreté des têtes et à l'empire des circonstances dans lesquelles nous vivons. »
Gomme M. Émery l'avait fait en des circonstances