CHAPITRE XL
analogues, M. de Courson se montrait indulgent à l'égard de ceux qui dans les séminaires s'entretenaient de nouvelles politiques. Ne pouvant les proscrire, il s'efforçait d'en écarter les mauvais effets : « Il serait à souhaiter, écrivait-il à un directeur d'Autun, que nous pussions nous tenir étrangers à toutes les nouvelles politiques, mais c'est une chose presque impossible. Faisons du moins en sorle que ces nouvelles nous élèvent à Dieu. Elles sont bien de nature à produire cet effet; car il faudrait être bien aveugle pour ne pas apercevoir que c'est le doigt de Dieu qui agite le monde d'une manière si extraordinaire. »
Mais il n'approuvait pas que ces considérations, quelque chrétiennes qu'elles fussent, devinssent l'objet ordinaire des gloses, en lecture spirituelle : « Calmons, disait- il, l'imagination des jeunes gens, mais par des réflexions jetées en passant et sans détriment de la suite des instructions fondamentales qui ressortent des lectures. Ici, nous venons de terminer bonnement notre Traité de la paix intérieure, par le P. Lombez. »
Quelques séminaires consultèrent aussi M. de Courson sur la règle à suivre pour l'appel aux ordinations. Fallait-il avoir égard aux circonstances, soit pour accélérer, soit pour retarder l'appel de ceux qu'on aurait différés ou appelés en des temps plus tranquilles? « Je crois, répondit M. de Courson, qu'il sera sage de ne rien changer à ce qui se pratiquait ordinairement. C'est le parti que nous avons pris à Paris. Les directeurs particuliers auront certainement à tenir compte des circonstances , lorsqu'il s'agira de l'engagement du sous -diaconat. Je crois que
les cas où il sera prudent et utile d'accélérer cet engagement seront bien rares. On est toujours à temps de faire un sous-diacre, et jamais on ne peut le défaire quand il est fait. Comprenons pourtant que cette prudence doit avoir ses limites et qu'en cette matière, comme en toute autre, il faut savoir s'abandonner à Dieu. »
La question des finances , que la cherté des vivres rendait si embarrassante, fut aussi plus d'une fois soumise à M. de Courson. « Nos séminaires, répondait-il à l'économe d'Autun, se trouvent tous embarrassés sous le rapport des finances. De ce côté, comme des autres côtés, abandonnons-nous à Celui qui sait multiplier les pains. Abstenons-nous des dépenses qui ne sont pas indispensables, car, si nous ne nous observions pas pour réduire la dépense, notre confiance dégénérerait en témérité, nous tenterions Dieu. — Marchez aussi longtemps que vous en aurez le moyen, disait-il au supérieur d'un autre séminaire, réduisez la dépense autant que la discrétion vous le permettra ; et, quand vos ressources seront épuisées, envoyez vos élèves en vacances, en prenant toutes les précautions que votre prudence et votre charité vous suggéreront, pour que ces longues vacances ne leur soient pas funestes. Dans toutes vos mesures agissez dans la dépendance et sous la direction de M^"" l'évoque. Nous serions heurelix, certes, si nous pouvions nous-mêmes venir à votre secours. Mais les circonstances sont telles que la gêne est universelle ; on dirait que toutes les sources sont taries. Que Dieu nous soutienne dans la foi et dans la confiance. »