CHAPITRE XL
A ces difficuUés générales, qui se rencontraient plus ou moins dans tous les séminaires de province, s'en joignaient de particulières à certains lieux. Le séminaire de Lyon surtout offrit de grands sujets d'inquiétude à M. de Gourson. Tandis que la capitale se montrait sympathique au clergé et à toutes les institutions religieuses , la seconde ville de la France semblait livrée aux plus mauvaises passions. Des bandes d'ouvriers s'y étaient organisées, et sous les noms ignobles de voraces, ventre-creux, vautours et carbonari , elles entraient dans les maisons, faisaient des visites domiciliaires, exerçaient souvent des brutalités contre ceux qui ne se rendaient pas assez promptement à leurs tyranniques injonctions, et faisaient régner la terreur dans les quartiers qu'elles occupaient. Leurs premiers exploits avaient été le pillage et l'incendie de quelques maisons religieuses; le grand séminaire ne pouvait échapper complètement à leurs vexations. Dès la fin de février, les voraces y établirent un de leurs postes, exigeant non seulement le couvert, mais le vivre aussi, et renouvelant à chaque instant leurs brutales réquisitions.
Malgré le trouble inévitable que la présence de pareils hôtes apportait sous le toit paisible du séminaire de Saint-Irénée , force fut bien de les subir, tant que le commissaire de la république à Lyon fut Emmanuel Arago. On n'a pas oublié qu'un des premiers actes du proconsul avait été de supprimer toutes les congrégations et corporations religieuses dans le département du Rhône ; et, malgré les réclamations que ces mesures violentes et oppressives avaient soulc-
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vées, non seulement de la part du cardinal-archevêque de Lyon, mais de la part de plusieurs journaux de Paris non suspects de partialité en faveur de l'Église et des religieux, il fallut attendre que, le calme s'étant un peu rétabli en France, le pouvoir eût passé en d'autres mains , et ce fut alors seulement que Lyon commença à respirer.
On peut se figurer l'impression douloureuse que ces nouvelles produisaient sur le cœur de M. de Gourson. Elles lui faisaient, en quelque sorte, oublier les difficultés sans nombre dont il était environné. « Nos messieurs de Lyon, disait-il, souffrent encore plus que nous. » Une chose cependant le consolait, c'est que, malgré les embarras de leur position, ils ne se laissaient ni intimider ni décourager, mais continuaient leur œuvre. C'était là, comme on l'a vu déjà, la grande recommandation du zélé supérieur et sa pratique invariable : tenir ferme au poste où la Providence nous a placés, tant qu'il n'y a pas impossibilité complète de le faire. 4. Lyon, comme à Paris et ailleurs, cette sage et ferme conduite eut un plein succès : les voraces s'éloignèrent peu à peu du séminaire Saint -Irénéc, le calme se rétablit enfin dans toutes les parties de cette maison, et l'on put y continuer en paix les exercices accoutumés.
M. de Gourson fut bien consolé en apprenant cette délivrance, mais il ne Tétait guère moins en voyant approcher la fin de l'année scolaire. « La Providence, écrivait-il à M. l'abbé Piichard, nous conduit au terme de notre année. Mon Dieu I quelle année ! que d'angoisses 1 mais quels miracles de protection de la part de Marie! Nos jours sont triste.? et lourds, di-