‹ Vie de M. de CoursonChapitre 286 sur 336 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

il me semble qu'il n'y a pas à hésiter et que ce cher confrère doit aller prendre les eaux. Il est bien vrai que MM. les médecins nous traitent un peu en grands seigneurs, quand ils nous donnent leurs ordonnances; mais les précautions que M. X... a sagement prises à l'égard du docteur doivent rassurer sa délicatesse sur l'avis qu'il en a reçu. »

Quoique moins retenu à Issy par les directeurs des séminaires de province, M. de Courson ne put encore cette année consentir à s'éloigner de Paris. « Vos landes, disait-il à un de ses anciens élèves, m'ont toujours paru un petit paradis terrestre ; mais aujourd'hui leurs charmes me touchent encore plus vivement. Cependant, je dois renoncer au repos si doux que vous m'offrez, parce que Dieu me veut sur la brèche, et il n'y a rien de mieux que le fidèle accomplissement de la volonté de Dieu. Au reste, chez vous comme à Paris, et à Paris comme chez vous, la vie est courte, très courte (ce dont je ne me plains pas), et il faut préparer son éternité. »

Néanmoins, il ne crut pas manquer à ces résolutions en faisant le pèlerinage de Chartres ; il avait trop d'actions de grâces à rendre à la très sainte Vierge pour négliger ce moyen de lui témoigner sa reconnaissance. « Je vais m'échapper quelques instants, disait-il le 27 août, j'irai mettre aux pieds de Notre- Dame de Chartres mes péchés, mes peines du présent, mes inquiétudes pour l'avenir, ma reconnaissance de la protection que nous avons reçue cette année. — Remerciez avec moi la très sainte Vierge de la maternelle protection dont elle a entouré jusqu'ici le séminaire de Saint- Sulpice. Je ne puis arrêter mon

œil que sur Marie, et c'est mon repos au milieu des ténèbres épaisses du présent et de l'avenir. »

L'humble supérieur ne manqua pas de mettre encore aux pieds de Notre-Dame de Chartres le travail des placements qu'il allait commencer. Deux séminaires le préoccupaient surtout, ceux d'Angers et de Rodez, auxquels il fallait donner un supérieur. Depuis plusieurs mois déjà, le séminaire d'Angers s'était vu enlever le vénérable M. des Garrots, qui, depuis 1831 , le conduisait avec beaucoup de sagesse. La mort de ce saint vieillard avait été particulièrement sensible à M. de Courson, qu'elle privait non seulement d'un très utile confrère, mais d'un vieil ami de cœur. « Il va au ciel, disait-il, plein des mérites d'une vie de travail, d'humilité, de douceur; il me laisse de vifs regrets et de pénibles embarras. Que le nom de Dieu soit béni ! »

Ne pouvant attendre les vacances pour remplacer M. des Garrots, il pria M. Helly, qui se reposait depuis deux ans au séminaire de Saint-Sulpice , et avait repris un peu de force, de se charger provisoirement de cet emploi. Ce fut un douloureux sacrifice pour le vénérable malade, qui se sentait encore bien faible, se voyait déjà avancé en âge et à qui le séminaire d'Angers était tout à fait inconnu. Mais comment résister à M. de Courson, à ses encouragements et surtout comment, par un refus, contrister un si bon père? M. Helly partit donc pour Angers, mais à titre de supérieur provisoire, et il ne manqua pas, les vacances venues, de se rendre à Paris pour y plaider sa cause auprès de son vénéré supérieur. Il n'aurait pas eu beaucoup de peine à la gagner, si M. de Courson

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