CHAPITRE XLI b
Notre-Seigneur, il faut qu'il ait la plus grande part de sa croix, »
Cependant, ces tristes événements, dont il était bien éloigné de rendre tous les Romains responsables, n'effaçaient pas dans son esprit la favorable impression qu'y avait faite, en 1844, son séjour dans la ville éternelle : «Aujourd'hui, disait-il, cette pauvre Rome est bien malheureuse, mais j'espère que Dieu la sauvera. J'éprouve moins d'indignation contre elle que n'en éprouvent la plupart des Français, parce que je connais sa population si intéressante à mille titres. Pauvre Rome ! pauvre Rome ! »
Mais, en excusant le peuple ou du moins en le jugeant avec indulgence, M. de Gourson n'excusait pas la criminelle conduite des chefs de l'insurrection : la part importante que le prince de Canino y avait prise, ne fut même pas étrangère au peu de sympathie qu'il éprouva d'abord pour la candidature de Louis -Napoléon Bonaparte, qui se mettait sur les rangs pour la présidence de la république. La lettre que celui-ci adressa au nonce, peu de jours avant l'élection , lettre dans laquelle il déplorait la conduite tenue à Rome par son parent, modifia peut-être les premières impressions éprouvées par le vénéré supérieur, mais ne le fît pas s'écarter de la ligne qu'il s'était tracée et qu'il indiquait en ces termes à ceux qui le consultaient : « Demeurons dans notre abandon à la Providence, au milieu des événements politiques ; c'est le seul parti sage et chrétien. Dieu merci, nous n'avons point à nous mêler à toutes les passions et à toutes les intrigues qui agitent le monde ; prier, souffrir, voilà notre lot. »
Il disait encore, lorsque le résultat du scrutin fut connu : « Tout ce qui se passe en Europe et particulièrement en France ressemble à un songe. La Providence nous conduit par des voies si obscures que, de gré ou de force, il faut vivre de la foi et de la pure foi. Continuons à prier ; voilà ce que Dieu demande. Expions nos péchés et ceux du pauvre peuple. Que nous sommes heureux de pouvoir monter tous les jours au saint autel ! »
Avant de quitter le pouvoir dictatorial dont l'assemblée nationale l'avait investi, le général Gavaignac fit une nomination dont M. de Courson lui demeura fort reconnaissant ; nous voulons parler de la nomination de M. l'abbé Jaquemet à l'évêché de Nantes. M^'' de Hercé, sentant ses forces chanceler sous le poids de l'âge et des infirmités, avait prié le souverain pontife de le décharger de la charge pastorale et s'était ensuite adressé au gouvernement pour avoir un successeur. Son désir était d'obtenir le courageux grand vicaire de M*^''Affre, M. l'abbé Jaquemet; et, grâce aux actives démarches qui furent faites auprès du pouvoir exécutif, grâce surtout aux prières qui montèrent vers le 'ciel à cette occasion, les vœux du vieil évêque furent exaucés.
Grande fut sa joie en apprenant cette nouvelle. « Au moment de vous quitter, disait -il à ses chers diocésains, je vous fais un présent. G'est un gage d'amour que je vous laisse. Je crois que j'ai été inspiré de Dieu en appelant à me succéder un évêque d'une piété, d'une sagesse consommées'. » La joie
* Vie de M^ de lier ce, p. 468.