CHAPITRE V
marche, il lui disait :« Le calme que Dieu vous donne est la meilleure disposition aux opérations de la grâce; je l'aime mieux que les exaltations de la ferveur. La bonne, tranquille et humble vie de séminariste, est le plus sûr acheminement vers les ordinations. »
Nous pensons que telle fut la préparation de M. de Courson au sous-diaconat. Cet engagement irrévocable au service des autels qui exige, pour être pris, le renoncement au monde et à ses vanités, ne lui coûta rien. Il ne croyait pas sacrifier quelque chose en prenant pour son partage l'auteur même de tous les biens , et quelqu'un lui parlant un jour avec admiration de son entrée dans l'état ecclésiastique et du généreux sacrifice qu'il avait fait en renonçant au bel avenir que son nom et sa fortune lui promettaient dans le siècle, il parut tout étonné de ce discours. Il ne voyait rien de grand dans ce prétendu sacrifice , et , comme il le déclara à celui qui l'en complimentait, il était prêt à abandonner sa fortune et à voler aux extrémités de la terre si telle eût été la volonté de Dieu.
C'étaient bien là les sentiments de son âme, faire la volonté de Dieu , quelle qu'elle fût à son égard ; et c'est de quoi il donna un touchant témoignage quelques mois après son sous- diaconat dans un voyage à la Trappe de Bellefontaine. Ce pieux pèlerinage, qu'il fit avec le vicaire de Vallet et dans lequel, malgré la distance des lieux, il voulut communier, se rattachait à la prédiction que lui avait faite le R. P. Urbain, mort depuis peu dans ce monastère. Son compagnon , touché de la ferveur avec laquelle il avait assisté à tous les offices des religieux, lui disait au
sortir des vêpres qu'il ferait unbon trappiste. Le jeune sous -diacre prenant un air sérieux : « Si je savais, lui répondit-il , que ce fût la volonté de Dieu , je resterais ici et je vous prierais d'en porter la nouvelle à ma famille. »
Des dispositions si saintes nous disent assez que M. de Courson vit dans le sous- diaconat l'accomplissement de ses vœux les plus chers. De tout son cœur il accepta les obligations attachées à cet ordre sacré et s'estima très honoré et très heureux d'être enfin enrôlé dans cette divine milice, et consacré à un service si glorieux. Encourageant plus tard un de ses chers enfants qui appréhendait les engagements du sous-diaconat, il lui disait hardiment, parce qu'il le savait bien appelé : « Le bréviaire sera vos délices et votre plus douce consolation ; la chasteté sera votre force , l'engagement irrévocable votre repos. » Il avait sans doute éprouvé le premier ce qu'il promettait à son disciple avec tant d'assurance.
M. de Courson, par défaut d'âge, ne put être promu au diaconat à l'ordination de la Trinité de 1821. Il était cependant à la veille de terminer son cours de théologie et il ne voyait pas sans quelque souci le moment où il devrait quitter le saint asile qui pendant quatre ans l'avait abrité contre les dangers du monde. Une autre préoccupation se joignait encore à celle-là. Comme tous les ecclésiastiques bien fidèles à la grâce de leur vocation, il était prêt, ainsi qu'on l'a vu, à aller au bout du monde sur le plus léger signe de la volonté de Dieu ; mais cette adorable volonté il fallait la connaître. »
« A cet effet, dit l'auteur de la Notice, il consulta