CHAPITRE XLI
« On sait, dit M. l'abbé Gahour en parlant de ce voyage, avec quelle joie il vint à Nantes; quel bonheur il eut à revoir tant d'ecclésiastiques, de laïques et de familles entières qui s'empressaient d'aller le voir et de l'entretenir ; car, s'il aimait les Nantais, les Nantais le payaient aussi de retour'. »
M. de Courson se prêtait de grand cœur à ces entrevues, mais jamais au détriment de ce qu'il devait à l'œuvre de la visite et à ses confrères des deux séminaires. C'était un grand sujet de consolation pour son cœur de se retrouver au milieu d'eux et de revoir maintenant, engagés dans l'état ecclésiastique, les petits enfants auxquels il avait fait passer les examens dans les petits séminaires , et dont il conservait un fidèle souvenir. Ces quelques jours, trop tôt écoulés, furent aussi des jours de bonheur pour le grand séminaire et pour la maison de philosophie; on s'y livra à une douce joie que rien n'altérait, car on ignorait qu'on voyait cet excellent supérieur pour la dernière fois.
M. de Courson, avant de quitter le diocèse de Nantes, fit aussi une courte visite à Vallet. Ce bourg, où s'écoula son enfance et où reposait la cendre de ses pères, lui demeura extrêmement cher jusqu'au dernier jour de sa vie. Il y avait encore un grand nombre d'amis, quelques parents et plusieurs personnes attachées à sa maison ou à ses terres, qu'il considérait moins comme domestiques et fermiers que comme appartenant à sa famille. Mais nous nous réservons de parler ailleurs des touchantes marques
1 Biographie , p. 22.
d'intérêt et de cordiale charité que ce bon maître se plaisait à leur donner. Dans la circonstance dont nous parlons, à peine eut-il le temps d'en voir quelques-uns. « Il ne me sera pas possible, disait- il au curé de la Boissière, son ami et son homme d'affaires, de rester longtemps à Vallet ; ainsi il ne faut pas songer à convoquer mes fermiers. Pauvres gens ! j'aurais grand plaisir à les voir, mais il faut y renoncer. A mon grand regret, je dois renoncer aussi à réunir les bons prêtres du voisinage. Dieu me refuse cette satisfaction. »
De retour à Paris, M. de Courson ne prit que le temps d'expédier quelques affaires, et il se remit en route pour continuer ses visites. Il avait d'abord hésité à quitter la capitale, à cause des cas de choléra qu'on y constatait depuis quelque temps et dont une des premières victimes fut M»'' Fayet, évêque d'Orléans, membre de l'assemblée nationale'. L'on pouvait craindre, en effet, que le fléau n'étendît ses ravages, et le bon supérieur n'était pas sans inquiétude pour sa chère famille de Saint- Sulpice. Il partit cependant, le 15 avril, espérant que la très sainte Vierge garderait une communauté qui lui appartenait à tant de titres. « La sainte Vierge, lui disait M. Carbon dans une lettre du 24 avril, justifie bien votre confiance : le choléra a respecté notre maison jusqu'à ce jour. »
Rassuré de ce côté, M. de Courson continua son voyage. Il visita Bordeaux, Toulouse, Rodez et vil
* " J'ai vu, disait M. de Courson, l'évèque d'Orléans dans son agonie; c'était bien triste. Prions pour ce prélat et pour son Eglise. J'espère que la Providence veillera sur ce diocèse. »