CHAPITRE XLI
partie de cette congrégation , les bontés dont j'ai été l'objet de sa part, et l'extrême indulgence, je devrais dire la sollicitude paternelle avec laquelle il daigna m'encourager, moi, jeune professeur de théologie, encore à son premier début. Son regard pénétrant, mais plein d'une bienveillance rare, me rassurait beaucoup. Un matin, c'était le troisième jour depuis l'ouverture du concile, il lui sembla que j'étais triste et dans la peine. A la fin de la séance, au moment où tous les membres sortaient, il m'arrêta et me dit avec une grande bonté : « Mon enfant, êtes-vous souffrant? Vous me paraissez affligé. — C'est vrai, monsieur le supérieur, lui répondis -je, je suis affligé, et puisque votre extrême bonté s'en est aperçue, je ne puis lui taire le sujet de ma peine. Voici trois jours que je suis privé d'ofïrir le très saint sacrifice, et je vois bien qu'il faut que je me résigne à cette grande privation pendant toute la durée du concile. Je suis allé à tous les autels, ils sont tous pris pendant le temps Jaissé libre par les réunions de la congrégation. » Cet homme de Dieu joignit les mains, sa figure et sa voix prirent une vive expression de compassion ; il me reprocha doucement de ne pas lui en avoir parlé plus tôt, et m'assigna une heure et un autel à l'église de la paroisse. »
C'est ainsi que la bonté de M. de Gourson était toujours en éveil, et rien de ce qui intéressait le prochain ne lui échappait, même quand il était accablé de travail et préoccupé' de mille affaires importantes. Telle fut bien sa situation, durant tout le concile. Le peu d'instants que les congrégations générales et particulières lui laissaient libres se trouvaient absorbés
par ses exercices de piélé et les entretiens qu'il ne pouvait refuser à des confrères venus de la province pour le voir. Sa correspondance, qui, à cette époque du mois de septembre, était très active, à cause des changements faits ou à faire dans le personnel des séminaires, prenait une partie de ses nuits. Aussi sa santé souffrit-elle beaucoup de cet excès d'occupations ; on croit même que la fatigue extraordinaire qu'il en éprouva ne fut pas étrangère à la terrible maladie de cœur qui l'enleva six mois plus tard.
Il convenait sans difficulté que ces deux semaines avaient été écrasantes pour lui, mais il semblait ne compter pour rien ses fatigues à la vue du touchant spectacle qu'offrait la docte assemblée. « Nous venons de sortir des travaux du concile de Paris, disait-il le 29 septembre à M. Albouys. Ces travaux ont été continus et accablants pendant douze jours. Le concile a vraiment été édifiant et consolant : respect profond pour les évêques ; gravité, dignité, modération dans les opinions et les avis ; ordre parfait dans les discussions. M^"" de Viviers recevra ces renseignements avec plaisir. »
L'archevêque de Paris avait eu la gloire d'inaugurer en France la reprise des conciles provinciaux, après une interruption de plusieurs siècles ; mais son exemple devait être bientôt suivi par les autres métropolitains. Pie IX, par un bref donné à Gaëte, le 17 mai 1849 , avait exprimé le désir que chaque archevêque de France, conformément aux recommandations des saints canons, convoquât ainsi en synode les évêques de la province. Le gouvernement, quoiqu'il ne vît pas ces assemblées de très bon œil, n'osait