CHAPITRE XLII
VISITE DU SEMINAIRE DE BALTIMORE ET DES ETABLISSEMENTS DE SAINT -SULPICE EN CANADA
La grande sollicitude que montrait M. de Gourson pour la prospérité des séminaires que la compagnie de Saint- Sulpice dirigeait en France, ne lui faisait pas perdre de vue les maisons qu'elle avait en Amérique. Non content d'entretenir avec elles une correspondance aussi active que le demandaient les circonstances , il pensait depuis longtemps à leur procurer les avantages d'une visite dont, soit à Baltimore, soit à Montréal, quoique pour des motifs différents, on sentait vivement le besoin.
Ceux qui ont lu la Vie de M. Émery et, plus récemment, celle de M. Faillon, connaissent déjà les motifs qui rendaient urgente cette visite à l'égard du séminaire de Baltimore. Cet établissement, destiné par M. Émery, qui le fit commencer en 1791, à former un clergé indigène aux États-Unis, n'était pas encore parvenu à son plein développement, malgré
le mérite des prêtres qui y furent successivement envoyés ^ Engagés malgré eux dans le ministère extérieur et dans la conduite de quelques maisons d'éducation ecclésiastique qui promptement dégénérèrent en collèges, ils faisaient un bien réel et fort apprécié aux Etats-Unis, mais ils n'atteignaient pas , du moins complètement, la fin de leur institution. M. Émery avait dit à M. Nagot et à ses trois premiers coopérateurs : « Puisque l'esprit de la Compagnie est de s'occuper uniquement de l'éducation du clergé, les directeurs du séminaire de Baltimore se borneront et se consacreront entièrement à cette œuvre. S'ils étaient obligés, dans les commencements et dans des circonstances extraordinaires, d'embrasser quelque partie étrangère à cette vocation, ils devraient se regarder alors comme dans un état violent et n'avoir point de tranquillité qu'ils ne fussent rentrés dans leur genre de vie. Le séminaire produira de grands fruits tant qu'on sera fidèle à cet esprit, et il deviendra stérile quand on s'en écartera'. »
L'avenir devait réaliser de point en point cette prophétie de M. Émery, car jamais peut être la grande sagacité et la remarquable pénétration de l'illustre restaurateur de Saint-Sulpice n'avaient vu plus juste que dans cette circonstance. Selon sa parole, le séminaire de Baltimore, malgré le dévouement de ses
1 Parmi les prêtres qui ont bien mérité de la religion aux l'^tals-Unis, M. de Courcy cite, entre autres, MM. Nagot, Tessier, Garnier, Flagct, David, Maréchal, Dubois, Dubourg, Brute, Chanche, Eccleston, le prince de Galitzin, dont plusieurs ont été élevés à l'épiscopat, et tous ont appartenu à la compagnie de Saint-Sulpice. [Histoire de l'Église aux États-Unis.)
» Vie de M. de Faillon, p. 157.