CHAPITRE XLII
premiers fondateurs, n'est devenu une œuvre réellement féconde que du jour où les directeurs, abandonnant les œuvres extérieures, ont borné leur zèle aux fonctions qui sont le propre de leur vocation. Or, c'est à M. de Gourson surtout que revient l'honneur de cette amélioration capitale, qui devait faire entrer l'œuvre de M. Émery dans une phase nouvelle.
Pour arriver à cette fin, sa première pensée avait été de traverser l'Océan et de se rendre en personne aux Etats - Unis ; il eût voulu rechercher sur les lieux mêmes les moyens propres à écarter les obstacles qui entravaient l'œuvre de Baltimore et s'opposaient à ce qu'elle prît sa forme définitive. La révolution de 1848, qui vint tout à coup mettre en péril les séminaires de France, ne lui permettant pas de réaliser ce projet et lui rendant impossible un si long voyage, il se détermina à nommer un visiteur qui, à sa place et en son nom, irait travailler à cette grande affaire.
Son choix s'arrêta sur M. Paillon, que ses qualités personnelles , ses études sur l'histoire de la compagnie de Saint-Sulpice et par-dessus tout sa grande affection pour M. Olier, pour son esprit, pour ses œuvres, rendaient très propre à cette difficile mission. Il lui adjoignit M. Guitter, directeur au séminaire de Nantes, avec ordre de l'aider et de prendre part à toutes les délibérations ^
Les deux visiteurs quittèrent Paris le 2 avril, jour
1 Constant Guitter, né dans le diocèse de Luçon, travailla avec beaucoup de zèle dans le séminaire de Nantes, pendant les trente -six dernières années de sa vie. Il y est mort le 7 janvier i813, à l'âge de soixante-quinze ans. M. de Gourson avait pour lui une estime et une affection très grandes.
anniversaire de la mort de M. Olier. M. Paillon écrivait ce jour-là même à sa pieuse mère: « J'ai la confiance que ce voyage, que j'entreprends en vertu de la sainte obéissance, sera agréable à la très sainte Vierge, la mère et la supérieure de notre Compagnie. Demandez -lui qu'elle bénisse ma mission et qu'elle la fasse fructifier à la gloire de son Fils et à celle de la sainte Église. »
La traversée, que les deux visiteurs firent en compagnie de M""" Chanche, évêque de Natchez et membre de la société de Saint-Sulpice, fut longue, pénible pour M. Paillon, mais exempte d'accident, et dès les premiers jours de mai la visite put être commencée au séminaire de Baltimore. Elle dura plusieurs mois et porta sur tous les points qui intéressaient le bon gouvernement et la prospérité de l'établissement.
Dans la pensée de M. de Gourson et de ses consulteurs, le moment était venu de décharger les prêtres de Saint-Sulpice, qui travaillaient à Baltimore, du ministère cxiérieur, de la direction des religieuses et même, dès qu'on le pourrait, de la conduite du collège. Les instructions données aux visiteurs, avant leur départ de Paris, avaient surtout pour objet d'opérer ces trois réformes, et les deux premières en particulier paraissaient si nécessaires au bien du séminaire de Baltimore, que le supérieur général était déterminé à supprimer l'établissement, si l'une ou l'autre venait à manquer. « Quelque sévère, ajoute ]\L î'aillon en parlant de cette mesure, que puisse paraître une semblable résolution, elle était inspirée à M. de Gourson par le désir de procurer à l'Église d'Amérique le plus nécessaire de tous les biens, la