CHAPITRE XLII
formation d'un clergé national. L'expérience d'un demi -siècle ne lui laissait là -dessus aucune espèce de doute'.»
Un ordre aussi formel, adressé par leur supérieur à des prêtres vertueux et zélés, qui, la plupart, avaient passé les mers pour se vouer à l'œuvre du séminaire de Baltimore, ne pouvait rencontrer de résistance. On a pu voir, dans la Vie de M. Paillon, que si quelques directeurs éprouvèrent tout d'abord , comme il était bien naturel, une certaine répugnance à quitter des emplois auxquels ils étaient liés depuis longtemps, tous cependant se rendirent aux exhortations des visiteurs et se soumirent docilement à la volonté de M. de Courson. Il est vrai que M. Deluol n'entra jamais complètement dans les vues de son supérieur et de ses envoyés; mais, comme on va le voir, cela ne l'empêcha pas d'exécuter avec la plus grande promptitude tout ce qu'on désira de lui.
Ce vertueux ecclésiastique, né dans le diocèse de Viviers, et, depuis trente-deux ans, voué à l'œuvre de Baltimore, avait rendu dans ce pays des services qui ne devront jamais être oubliés. Doué d'une grande activité et d'une facilité extraordinaire pour les affaires , sa réputation et ses travaux s'étaient beaucoup étendus et remplissaient les États-Unis. Nommé supérieur du séminaire en 1829, il avait été souvent employé par les divers archevêques de Baltimore dans l'administration de leur vaste diocèse, et avait dû prendre aussi une part active aux sept conciles provinciaux, tenus de 1829 à 1849. Mais ce qui l'ab-
1 Hist. ms. du séminaire de Baltimore, p. 397
sorbait plus que tout le reste , c'était la fonction de visiteur de l'institut de Saint- Joseph, fondé par M""'* Seton et qui, peu à peu, s'était répandu dans tous les États-Unis.
La visite tendait manifestement à restreindre le cercle des relations du trop zélé supérieur. Malgré le sacrifice que cela lui imposait, M. Deluol se montra tout disposé à s'y prêter, mais, dans le cours de la visite, se sentant un peu gêné avec les visiteurs et ne pouvant s'ôter de l'esprit que M. de Gourson né se rendait pas bien compte de la situation des prêtres de Saint-Sulpice à Baltimore, il lui écrivit avec beaucoup de simplicité et de cordialité pour lui exposer ses vues. La réponse du vénéré supérieur porte l'empreinte de cette bonté et de cette fermeté qui caractérisaient tous ses actes , et elle montre clairement que, de Paris, M. de Gourson dirigeait les opérations de la visite et donnait l'impulsion qui devait assurer l'œuvre de la réforme. En voici les principaux passages :
« Monsieur et très cher en Notre- Seigneur, je remercie Dieu de ce qu'il vous a inspiré la pensée de m'écrire et de me donner ainsi l'occasion de vous consoler et de vous encourager. Il ne pouvait se faire que la visite se passât sans vous imposer des ennuis, des peines, des inquiétudes ; mais, soyez-en bien convaincu , c'est à mon grand regret , au grand regret de MM. les visiteurs que ces peines vous arrivent. Elles tiennent à la nature même de la visite. Tout notre désir est de les adoucir et de vous témoigner notre profond attachement pour vous, notre reconnaissance pour vos services. Je vous en supplie par Notre- Sei-