CHAPITRE XLII
m'a laissé dans une grande tristesse. J'ai beaucoup prié, et j'espère que Dieu remontera votre courage et vous fera entrer généreusement dans les fins de la visite. J'apprécie vos peines, tout en croyant que vous les exagérez. Suivez la pente de votre âme droite, énergique, et les obstacles qui vous effrayent disparaîtront. »
Des conseils si sages ne produisirent pas, il faut bien le dire, l'effet qu'il était permis d'en attendre, et M. de Courson dut plusieurs fois revenir à la charge. Il le fît toujours avec la même douceur et la même cordialité. Enfin, voyant que ses exhortations étaient inutiles et que la présence de M. Deluol devenait, en définitive, plus nuisible que favorable à la visite, il se décida à lui écrire le 11 octobre la lettre suivante : « Monsieur et très cher en Notre-Seigneur, comme vous l'avez prévu , vos dernières lettres du 17 et du 23 septembre m'ont profondément affligé. Je ne renonce pas , cependant , à vous voir concourir à l'œuvre de la visite, mais je crois qu'il est nécessaire que je vous voie, que je m'entretienne librement avec vous. Venez donc en France. J'avais hésité à vous donner cette permission, quand vous me l'avez demandée; aujourd'hui, non seulement je vous la donne, mais je vous prie de venir. Cette visite me sera extrêmement agréable. J'espère que les impressions pénibles sous lesquelles vous êtes, disparaîtront bientôt, et que vous reconnaîtrez que si vous aimez la Compagnie, la Compagnie, de son coté, vous aime tendrement. »
Sur cette lettre de son supérieur, M. Deluol se disposa immédiatement à quitter Baltimore. Il en partit,
en effet, le 4 novembre 1849, et arriva à Paris le 21 , jour de la Présentation de Marie au temple. Il se fit conduire immédiatement au séminaire de Saint- Sulpice, et, dès qu'il fut en présence de M. de Courson, il se jeta à ses pieds en disant : « Monsieur le supérieur, voici un de vos enfants du séminaire de Baltimore qui a passé l'Océan pour répondre à votre invitation.» M. de Courson, touché et attendri, se hâta de relever le vénérable vieillard, et, après l'avoir affectueusement embrassé, il le fit asseoir et s'entretint cœur à cœur avec lui. A la suite de cette première entrevue, il conféra souvent et longuement avec lui sur les affaires de Baltimore, et en reçut de très bons renseignements. Il ne crut pas cependant opportun de le renvoyer dans ce pays; et M. Deluol, après un ou deux ans de repos et de voyages, prit rang parmi les directeurs du séminaire de Saint-Sulpice et fut chargé d'une classe d'hébreu. Il mourut le 15 novembre 1858, à l'âge de soixante -onze ans, après avoir mérité, par les qualités de son cœur, l'affection de ses confrères et de tous ceux qui eurent des rapports avec lui.
M. Lhomme, qui le remplaça à Baltimore, aida de toute son influence les deux visiteurs dans l'achèvement de leur œuvre, et ne négligea rien, après leur départ, pour que les sages règlements de la visite fussent très fidèlement observés '.
1 François Lhomme, né à Briomle, en Auvergne, fit son séminaire à Issy et partit pour Baltimore immédiatement après sa solitude. Il s'acquitta avec beaucoup de zèle de tous les emplois qui lui furent confiés. « C'était, dit M. Carrière, un homme de grande vertu et de très bon conseil. On disait de lui qu'il était un vrai modèle du clergé. » Il mourut à Baltimore, le 28 octobre 1860, à