‹ Vie de M. de CoursonChapitre 308 sur 336 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

précipitation de vos jugements. Vous sortez, sans vous en apercevoir, des bornes du zèle, qui repose essentiellement sur la charité. Les œuvres de Dieu ne vont pas avec la rapidité que vous souhaiteriez. Le divin Maître a vécu trente années dans une apparente nullité, et l'œuvre de la sanctification des élus marche lentement et comme insensiblement, à travers la suite des siècles et le mouvement des passions humaines. Vous vous plaignez des hommes qui vous semblent apathiques, indifférents pour l'honneur de la rehgion et le salut des âmes. Je conviens qu'il n'y a malheureusement que trop d'hommes de ce caractère ; mais, convenez-en, il y aurait aussi bien des inconvénients, s'il y avait dans l'Église un grand nombre d'hommes de votre caractère, surtout si ces hommes n'avaient pas la simplicité et la docilité que je vois en vous. Vos lettres sont pleines de bons sentiments, elles renferment de bons aperçus, mais il faudrait que ces aperçus fussent mis en œuvre par une froide et sage raison plutôt que par l'imagination. »

Nous n'avons rien dit encore du zèle que déploya M. de Gourson dans ses rapports avec les membres de sa famille. Il n'avait plus de très proches parents, depuis la mort de M"« Thibault, sa tante, mais il entretenait de cordiales relations avec les parents plus éloignés qu'il comptait en grand nombre , tant du côté de son père que dans la ligne maternelle ; et en agissant ainsi il n'obéissait pas seulement aux règles des convenances et aux traditions héréditaires de sa famille, mais son zèle savait sanctifier ces rapports, les faire tourner à l'avantage spirituel de ses chers

parents, en faire une sorte d'apostolat. Aussi , quel vif et suave souvenir on conserve encore du bon et vénéré supérieur dans ces respectables familles !

« C'est avec beaucoup de consolation , lisons-nous dans une lettre écrite depuis peu , que je vous adresse ces lignes, qui me permettent d'exprimer la vive reconnaissance et la profonde affection de notre famille pour celui qui fut son conseil et son appui, M. l'abbé de Courson fut pour ma mère un guide sûr et un parent dévoué. Elle allait le trouver, dès qu'une difficulté se présentait; elle m'a dit plus tard : Lorsque mon cousin décidait une question ou me traçait une ligne de conduite, je me sentais tranquillisée. Il a béni notre petite chapelle, où son nom est prononcé plus encore en l'invoquant qu'en priant pour lui. Et les bons souvenirs de ses visites, la gravité si douce de ses conversations, qui laissait comme un parfum dans l'âme, longtemps après son départ, comment les oublier ? »

On devine sans peine quel sujet d'affliction ce dut être pour tous les membres de cette religieuse famille, quand la Providence, en l'appelant à Paris, les priva d'un parent si bon, si affectionné et si sage. Il s'empressa de les consoler: « Vous pensez bien, écrivait-il à M'"'= Saulny quelques jours après son élection, que mes sentiments envers vous, envers ceux qui vous sont chers , votre père , vos enfants , ne seront aucunement altérés par mon éloignement. Vos lettres et vos épanchements de cœur me feront toujours plaisir, et dans vos chagrins je serai heureux de vous adresser des consolations. Je vous rendrai de mon mieux, à vous et aux vôtres , tous les services qui me seront possibles. Ce

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