CHAPITRE XLllI
que je ne dois pas à l'Église , je le donnerai volontiers et de grand cœur à mes parents. »
M. de Courson tint fidèlement parole et, de loin comme de près, il continua à être le conseil de sa famille et son consolateur dans toutes les peines et afflictions qui lui arrivaient. On ne lui laissait rien ignorer de ce qui survenait de fâcheux ou d'agréable, et il ne manquait pas de s'associera toutes les tristesses et à toutes les joies de ses cliers parents. Pas une de leurs lettres n'était laissée sans réponse; il répondait même aux enfants qui lui écrivaient au premier de l'an ou à l'époque de leur première communion; et cet homme, si occupé, si avare de son temps, ne croyait pas en faire un inutile emploi en bégayant avec ses bons petits parents et en leur disant qu'il avait été enchanté de leur jolie lettre, qu'il les en remerciait, qu'il les aimait bien et priait souvent la sainte Vierge pour eux, afin qu'elle les bénît, leur fît faire une bonne première communion et les préservât des dangers du collège où ils allaient entrer. En répandant ces premiers germes de vertu dans leurs jeunes cœurs, M. de Courson espérait bien qu'avec le temps il en sortirait des fruits, mais il avait surtout en vue de préparer pour l'avenir une correspondance plus sérieuse, dont il profiterait pour donner les conseils et les encouragements que l'âge et les circonstances rendraient nécessaires.
On voit, en parcourant les nombreuses lettres qu'il adressa à sa famille pendant les cinq dernières années de sa vie, de quel prix fut sa correspondance pour ses bien- aimés parents. Avec quelle tendresse et quelle onction il les console dans leurs afflictions,
avec quelle foi et quelle soumission chrétienne il leur fait envisager les événements fâcheux de la vie ! Jamais rien de banal dans ces lettres, toujours une parole pénétrante, inspirée par la foi et la confiance en Dieu. Il disait à une mère qui pleurait sur la mort du plus jeune de ses fils : « Je partage vivement toute votre peine; je m'étais empressé d'unir mes prières aux vôtres pour ce pauvre enfant. Dieu est le maître : il nous l'a enlevé pour le placer au ciel. Je ne saurais vous dire 'combien j'ai été consolé par les circonstances de sa belle mort, et quels que soient les déchirements de votre cœur de mère, je suis persuadé que vous aussi vous vous rappellerez ces circonstances avec consolation. Votre fils vit toujours et il vit à l'abri de tout danger ; son bonheur éternel est assuré. Douces pensées de la foi qui reposent l'âme et ferment les blessures du cœur ! Ce matin j'ai dit la messe pour notre cher défunt, je ne l'oublierai pas, et il ne m'oubliera pas ; il sera le protecteur de sa famille. »
Les larmes de cette bonne mère n'étaient pas encore séchées quand M. de Courson dut la consoler de nouveau. Son fils aîné, après cinq ou six ans d'un très heureux mariage, eut la douleur de voir mourir sa jeune femme. Cet événement jeta toute la famille dans un profond chagrin, mais personne peut-être, dans la parenté, ne ressentit plus vivement que le bon supérieur la désolation dans laquelle cette mort plongea son jeune parent. Dès qu'il eut connaissance de la maladie, il lui écrivit lettre sur lettre pour l'encourager, le consoler et l'exhorter à la résignation : « Embrassez votre crucifix, lui disait- il, et vous ressentirez, à tout événement, un soulagement véritable