CHAPITRE XLIII
consentait pas à être le parrain de leurs enfants. « J'ai mis dans mes papiers, disait-il en 1838, de n'être jamais parrain. » Il ne se prêtait pas volontiers non plus à faire le baptême de ses petits cousins, mais il ne négligeait aucun des autres moyens qui se présentaient de resserrer les liens qui l'unissaient à ses parents. Convaincu de la vérité du commun proverbe que les petits présents entretiennent l'amitié, non seulement il conseillait cette pratique à ses anciens élèves, en leur disant que tout ce qui se rapportait à la charité était beau et grand, mais il était très fidèle lui-même à donner ces marques d'affection à ses parents, dans la personne de leurs enfants. Toutefois, la nature et l'occasion de ces présents étaient si bien choisies, et il les accompagnait de si sages recommandations, qu'on est autorisé à les considérer comme une de ces œuvres de zèle dont la vie du bon supérieur est remplie. Tantôt c'étaient des chapelets bénits par le souverain pontife et dont il espérait bien qu'on serait fidèle à se servir chaque jour; d'autres fois, c'étaient de beaux livres de première communion destinés à graver plus profondément le souvenir de cette grande action dans le cœur de quelque première communiante ; en certaines circonstances, il envoya des reliques précieuses en recommandant de les bien honorer. Une fois, pourquoi ne le dirions- nous pas, puisqu'il y avait une sérieuse leçon cachée là -dessous? il fit acheter des rouets et les envoya à M""" Saulny avec cette charmante petite lettre : « Vous savez que je regarde comme une condition essentielle à l'éducation des filles qu'elles apprennent à filer. En conséquence, je
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VOUS envoie une caisse dans laquelle vous trouverez trois rouets. L'un d'eux appartient à voire petite nièce, Marie, les deux autres, à vos deux fiUcs. Vous trouverez encore dans la même caisse une douce et belle image, qui est pour vous et devant laquelle vous prierez pour vos enfants et pour moi. J'ai gagné cette image à une loterie de charité et je vous l'ai destinée. »
Parmi les membres de sa famille, plusieurs, nous l'avons déjà dit au commencement de ce livre, s'étaient engagés dans la carrière des armes. M. de Courson, qui possédait à un rare degré le don de parler utilement et d'une manière agréable à toutes sortes de personnes, était aussi à l'aise avec un militaire qu'avec un ecclésiastique. Depuis sa nomination à la place de supérieur de Saint-Sulpice, il eut de fréquents rapports avec le général Félix de Courson, dont le régiment était alors en garnison à Paris ou à Versailles. Ce brave militaire, aujourd'hui retiré à Chanonat, près de Clermont-Ferrand , a conservé de ses entretiens avec son saint parent le plus doux souvenir. « Nos relations, dit-il, furent des relations d'amitié autant que des relations de parenté. »
Voici un petit échantillon de la franchise et de l'aisance avec lesquelles, dans l'occasion, le zélé supérieur donnait des conseils à ceux de ses parents qui portaient l'épée. Écrivant à une de ses cousines dont le fils avait eu de l'avancement au choix, il lui disait : « Compliment au nouvel officier de grenadiers, compliment surtout sur le choix et les justes molifs qui ont déterminé le choix. Ayez la bonté de lui dire de ma part qu'un grenadier doit, en bonne règle, ser-