CHAPITRE XLIII
vir ouvertement Dieu et la sainte Vierge, aller à confesse, et déposer pour cela son épée et puis la reprendre pour aller communier au temps pascal. Je ne suis pas très habile dans les choses militaires, mais je sais cela très pertinemment. Henri est du même sang que le chevalier Bayard, que Grillon, Turenne et Gondé ; et ces grenadiers-là priaient la sainte Vierge, allaient à la messe et faisaient leurs pâques. »
Le tendre intérêt que M. de Gourson portait à tous ceux qui lui étaient unis par les liens du sang, il rétendait aussi, proportion gardée, aux personnes chargées du soin de sa maison et de son jardin, ou de la culture de ses terres ; car, ainsi que nous l'avons dit en passant, il les considérait en quelque sorte comme appartenant à sa famille, et il agissait à leur égard moins comme un maître que comme un bon père. Cela était particulièrement vrai pour deux anciennes domestiques auxquelles il avait confié, depuis longtemps, la garde de l'habitation qu'il conservait à Vallet. Jeannette, la plus âgée, était sa nourrice; elle avait perdu la vue; mais Marie, autrefois attachée au service de M"° Thibault, en prenait soin, et M. de Gourson veillait attentivement à ce que rien ne manquât ni à l'une ni à l'autre, dans sa maison.
M. l'abbé Gahour nous a conservé, au sujet de Jeannette , quelques détails pleins de charmes : « Quand M. de Gourson, dit- il, allait à Vallet, sa première visite était pour sa bonne Jeannette ; il l'embrassait comme si elle eût été sa mère, s'entretenait longtemps avec elle, et ils pleuraient tous deux, comme s'il y avait eu de"long'ues années qu'ils ne se
584 VIE bE M. DE COURSON
fussent vus et comme s'ils ne devaient plus se revoir. Vint, en effet, le temps où M. de Gourson, retenu à Paris, ne pouvait plus comme autrefois apparaître tous les ans à Vallet. Jeannette en était désolée ; elle demandait à tous les étrangers qui venaient de Nantes s'ils avaient entendu parler de son bon M. de Courson, s'ils l'avaient vu. Le bon M. de Gourson ne l'oubliait pas. Il avait pris des mesures pour que rien ne manquât à sa vieille nourrice ; il lui écrivait même de temps en temps des lettres qu'elle se faisait lire^ »
Bien plus souvent il la recommandait aux bons soins du curé de la Boissière et à l'amitié de M""® Saulny, qui, adoptée par M''^ Thibault, avait depuis longtemps pris pour Jeannette les sentiments de ses deux bienfaiteurs. Rarement il écrivait à cette dame sans lui parler de sa bonne nourrice. « Je vous avouerai, lui disait-il en 1844, que quand je pense à ma pauvre Jeannette, mon cœur se gonfle; j'ai peur de ne pas la revoir. Elle est si âgée ! Je vous remercie des soins que vous lui donnez. Dites -lui que je prie pour elle de mon mieux parce que je l'aime bien. »
Pierre Fonteneau, jardinier de M. de Gourson à Vallet, et que nous retrouverons bientôt près de son lit de mort, occupait aussi une place privilégiée dans l'affection du bon supérieur. On voit par les lettres de celui-ci à M. Le Normand, qu'il ne passait pas une année sans lui accorder quelque secours. Tantôt c'est pour l'aider à mettre son fils en apprentissage, tantôt pour subvenir à un besoin extraordinaire. « Le
1 Biographie , p. 38.