CHAPITRE XLIII
pauvre Pierre, disait-il dans une occasion, me parla, quand j'étais à Vallet, de son embarras pour payer une certaine somme qu'il doit. Je voudrais rendre service à ce brave garçon, et, s'il y a moyen, je vous prie de lui avancer la somme dont il a besoin. »
M. de Courson n'était guère moins indulgent, généreux et alTable à l'égard de ses nombreux fermiers. On jugera de l'intérêt qu'il leur portait parle trait suivant, dont un ancien vicaire de Vallet nous a conservé le souvenir. « Il avait, dit cet ecclésiastique, de nombreuses métairies sur les bords de la Sèvre, lesquelles étaient affermées la moitié de leur valeur. M. de la Pinière, parent de M. de Courson , lui dit un jour : « Vous savez, mon cousin, que j'ai besoin d'un emploi pour élever ma nombreuse et intéressante famille ; donnez -moi l'administration de vos fermes; je m'engagerai en bonne forme à vous fournir tout ce qu'elles vous rapportent maintenant, et de plus, j'aurai de quoi subvenir aux besoins de ma famille qui est de votre sang. » M. de Courson refusa en disant : « Je n'accepte pas votre proposition, parce que mes fermiers, que j'aime comme des enfants, seraient victimes dans ce marché. Je vous aiderai autrement. »
Tant qu'il fut à Nantes, il continua à régler ses intérêts par lui-même, et cela autant par charité pour ses fermiers que par motif de prudence. Lorsqu'il dut s'éloigner pour obéir aux médecins et à ses supérieurs, il pria, comme on l'a vu, M. Le Normand, curé de la Boissière, de le suppléer. « Que Dieu vous récompense, lui disait- il dans une occasion, des services que vous me rendez et que vous rendez à mes fermiers. Si vous n'étiez pas là, je se-
rais grandement tenté d'en finir avec toutes ces tracasseries par le moyen le plus court ; mais, si je vendais mes domaines, je crois que mes fermiers seraient plus à plaindre que moi; je m'enrichirais, et ils courraient risque d'être appauvris. »
Un maître si généreux et si compatissant était tendrement affectionné par tous ses fermiers, et Le jour de son arrivée parmi eux, dit le biographe nantais, était un jour de fête. Chacun voulait lui raconter ses petites affaires, son bonheur et ses peines. 11 aimait à s'entretenir avec ces hommes, dont la simplicité lui plaisait infiniment. Aussi , quand il demeurait à Nantes, son plus grand délassement, pendant les vacances, était un voyage dans les paroisses où il avait des propriétés \ »
Les pauvres de Vallet avaient part aussi, chaque année, aux bontés de M. de Gourson. Depuis qu'il était à Paris, il mettait les secours qu'il leur destinait, partie entre les mains du curé de la paroisse et partie dans celles de M"^ Saulny, sa parente, qu'il voulait par là rendre participante des bénédictions attachées à l'aumône. Non seulement cette pieuse dame était lldèle aux charitables recommandations de son saint parent, elle allait elle-même au-devant de ses désirs, en lui faisant connaître certains pauvres honteux qui étaient dignes d'un intérêt particulier. Il lui répondait en 1848 : a J'aurais été bien fâché que les malheurs de cette ar née ne m'eussent pas permis de faire distribuer par vos mains quelques secours aux pauvres de Vallet. j'espère que ma volonté sera toujours de
1 Biographie , p. 38.