‹ Vie de M. de CoursonChapitre 317 sur 336 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

chercher à le retenir, M. Houssard et les autres consulteurs se montraient favorables à ce départ, espérant que le voyage et les travaux de la visite, loin d'accroître sa fatigue, lui seraient un soulagement, en le délivrant de l'encombrement d'occupation qu'il ne pouvait éviter au séminaire de Saint-Sulpice.

Les premiers jours que M. de Courson passa hors de Paris lui donnèrent, en effet, quelque soulagement, mais cette légère amélioration ne se soutint pas ; M. Caduc, qui l'accompagnait dans ce voyage, en avertit le premier directeur du séminaire de Saint- Sulpice, et aussitôt l'inquiétude gagna toute la communauté. « Tous nos messieurs sont très affligés, disait M. Carrière au bon supérieur lui-même ; à votre retour il faudra bien soigner votre santé un peu mieux que vous n'avez fait jusqu'ici. Vous devez sur ce point pratiquer ce que vous recommandez aux autres. Le bien de la Compagnie le demande et vous en fait un devoir. »

Ce n'était qu'avec une extrême répugnance que le saint malade se soumettait aux précautions qu'on lui conseillait de prendre. Tant qu'il se sentait un peu de force, il ne pouvait se persuader qu'il avait besoin de repos ni même de" ménagement ; il continua donc la visite des séminaires d'Orléans, Bourges, Limoges et Tulle, comme s'il s'était vu en parfaite santé. « Je ne sais si je suis malade ou si je m'imagine que je le suis, écrivait-il de Limoges à un de ses plus intimes amis; j'ai une peur singulière de devenir maniaque ou malade imaginaire. » Cependant, la visite du séminaire de Tulle achevée, il se trouva si épuisé, si anéanti qu'il se détermina à revenir sur ses pas.

« Demain, disait-il le 14 février, je reprendrai, par petites étapes, le chemin de Paris. M. Houssard sera mécontent de ce retour, et pourtant, franchement, je crois que c'est le mieux pour ma santé. Je ne sais point trouver de repos ailleurs que dans ma chambre, et je serai bien docile au régime qu'on me prescrira. »

« Quand le vénérable supérieur rentra à Paris, nous dit avec émotion l'auteur de la Notice, son cher parent , les traits de son visage étaient profondément altérés, sa faiblesse extrême, les battements de son cœur effrayants. Les médecins consultés déclarèrent que son état était des plus graves sinon désespéré *. » C'est le 20 février, à la suite d'un bain, pendant lequel le malade éprouva de grandes suffocations, que les médecins furent mis sur la voie de la dangereuse maladie. Jusqu'à ce jour on avait attribué à une simple affection nerveuse les spasmes qu'éprouvait INI. de Courson. Questionné par les médecins, il avoua que, depuis trois mois, il éprouvait de ces étouffements qui le forçaient de s'arrêter sur chaque palier de l'escalier, lorsqu'il montait dans sa chambre après le repas. On reconnut alors une maladie de cœur et un commencement d'épanchement dans la plèvre.

Malgré la déclaration des médecins sur la gravité de son mal, M. de Courson ne put se condamner à un repos complet; autant que possible, il suivait encore la communauté dans la plupart de ses exercices. Il allait même à Issy le mercredi, et l'on a conservé

' Notice, p. 13.

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