‹ Vie de M. de CoursonChapitre 318 sur 336 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

le souvenir des dernières visites qu'il fit à Notre- Dame de Lorette'. «Au retour de son voyage de Tulle, dit le biographe, sa première visite avait été pour ce sanctuaire, et ce fut là aussi le but de sa dernière sortie. Il était, ce jour-là, tellement fatigué que ne pouvant se rendre à pied, de la porte du séminaire à la chapelle, il s'y fit conduire en voiture à travers les allées du parc. Là, il resta longtemps en prière devant l'image de sa puissante protectrice, de sa douce Mère, qu'il allait bientôt voir au ciel*. «

Cependant l'état du saint malade résistait à tous les remèdes et s'aggravait de jour en jour ; il ne pouvait plus qu'à grand'peine se tenir sur ses pieds; mais son énergie ne faiblissait pas. «Le 10 mars, jour désigné pour l'élection de trois représentants du peuple à l'assemblée législative, M. de Gourson, l'homme du devoir en tout et toujours, demanda qu'on retirât sa carte d'électeur, parce qu'il voulait aller voter. Il fallut, ajoute M. Aurélien de Gourson, l'intervention du médecin pour le faire renoncer à ce

1 La chapelle de Lorette, où M. de Gourson avait dit sa première messe et où, tant de fois, il épancha son âme aux pieds de la très sainte Vierge, était trop chère à son cœur pour qu'il ne lui laissât pas quelque souvenir de reconnaissance. Nous savons qu'il y offrit un ciboire en vermeil, sur le pied et le couvercle duquel il avait fait enchâsser les diamants de sa mère. Ce fut aussi avec ses ressources personnelles qu'il voulut faire reproduire, sur les murs de ce petit sanctuaire, les peintures qui existaient autrefois dans la Santa Casa, à Lorette, en Italie. Ces peintures, exécutées après la mort du pieux serviteur de Marie, sur les dessins de Ms"^ de Ségur, ont été détruites, avec la chapelle, en 1871, et n'ont pas été rétablies daus le nouveau sanctuaire.

2 Biographie , p. 40.

projet, dont l'exécution aurait pu avoir pour lui les suites les plus funestes ; il était à craindre que la fatigue qu'il éprouverait, en remontant à son appartement, n'amenât une crise, peut-être même une mort instantanée». »

Le vénérable supérieur ne partageait pas les appréhensions des médecins, au sujet de sa mort prochaine ; toutefois, quand M. Carbon, son confesseur, lui parla de recevoir les derniers sacrements, il ne fit aucune difficulté et s'y prépara avec un calme et une sérénité admirables. Comme il voyait la douleur peinte sur le visage des ecclésiastiques qui l'entouraient, il leur dit : « Pourquoi pleurez-vous? Est-ce donc un si grand mal de mourir? Je ne redoute pas la mort. Sans doute, j'ai beaucoup a craindre de la justice de Dieu, mais j'espère tout de sa bonté. »

« Avant de communier, M. de Courson voulut adresser encore quelques mots à la communauté, représentée par MM. les directeurs de Saint-Sulpice et par quelques séminaristes. Ses paroles, toujours empreintes de tant de bonté et de douceur, touchèrent bien profondément, en ce moment solennel, ceux qui assistaient à cette douloureuse scène, surtout lorsqu'ils l'cnlondirent demander pardon de tous les scandales qu'il avait pu leur donner et lorsqu'il exprima sa tendre affection pour ses enfants '. »

Néanmoins, après cette édifiante cérémonie, le bon supérieur témoigna à l'un des directeurs du séminaire quelque étonncment de ce qu'on s'était si fort hâté de l'administrer : « Je ne sais, lui dit-il avec

1 Notice, p. 14.

2 Id., ibid.

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