‹ Vie de M. de CoursonChapitre 319 sur 336 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

simplicité, ce que vous faites de vos principes de théologie. L'exirême-onction est le sacrement des mourants et vous l'administrez à un homme qui n'est nullement en danger de mort. Je n'ai pas fait de difficulté, ayant pour principe de me soumettre en tout, mais je ne sais où est votre théologie ! »

Le sentiment qu'éprouva M. de Gourson, en cette circonstance, sentiment qui en a trompé tant d'autres et qu'il serait infiniment dangereux de suivre, quoiqu'on l'ait rencontré plus d'une fois chez les hommes les plus saints', fut cependant justifié par l'événement. Dieu, qui avait dessein de purifier de plus en plus cette belle âme et de faire briller ses vertus d'un dernier éclat, voulut que son existence se prolongeât encore. Administré le 13 mars, il ne mourut que le 10 avril, et pen lant ce dernier mois il ne cessa d'instruire, d'édifier, de consoler ses confrères et ses élèves de Saint-Sulpice. Ces quelques semaines furent le digne couronnement de son important ministère et de sa sainte vie.

Le prudent supérieur qui, par respect pour les lois de l'Église, avait craint d'être administré trop tôt, n'éprouva pas le même scrupule au sujet de ses dispositions testamentaires ; il ne différa pas à s'en occuper dès qu'il s'aperçut que les médecins commençaient à s'inquiéter sur son état. Sa pensée avait toujours été de laisser à ses parents, quoiqu'il n'en

1 L'hislorien du P. de Pontlevoy raconte que lorsqu'on proposa à ce saint religieux, sur l'avis du médecin, de recevoir les derniers sacrements, il en parut étonné. « Bien volontiers, répondit-il, mais je ne croyais pas le moment venu. Je les recevrai ce soir, si l'on veut; néanmoins, j'aimerais mieux attendre à demain. Mon âme n'est pas faite à cette idée. » (P. 534.)

eût pas, ainsi qu'on l'a vu, de bien proches, la plus grande partie de sa fortune : a Quant à mon héritage, disait-il dans une occasion , le bon Dieu en disposera ; je ne veux donner d'hypothèques à personne sur ce que je possède; je tiens à conserver toute ma liberté. Mais après cela, je suis bien dans la disposition de ne pas frustrer ceux qui, dans l'ordre de la nature et des lois, devront prendre part à ma succession. » Nous croyons que le testament de M. de Gourson réalisa cette idée.

Toutefois, ce prêtre selon le cœur de Dieu, qui, pendant sa vie, coopéra avec tant de générosité aux bonnes œuvres qui se présentèrent à lui, et surtout à celles qui favorisaient la formation des ecclésiastiques, ne pouvait négliger, en mourant, l'œuvre des séminaires. A cette fin, une somme assez considérable fut laissée à celui qui devait être son successeur dans le gouvernement de la compagnie de Saint-Sulpice, et, quoique l'emploi n'en fût pas déterminé, il était bien entendu que les aspirants à l'état ecclésiastique en profiteraient. On est entré parfaitement dans ses vues présumées, en fondant au séminaire de Saint-Sulpice deux bourses dont jouissent déjeunes clercs du diocèse de Nantes jugés capables d'en profiter. Par là, en effet, on a répondu tout à la fois à l'affection que le pieux mourant porta toujours à son diocèse natal et au sentiment d'estime particulière qu'il conserva pour le séminaire de Saint-Sulpice, où il fut accueilli en quittant le monde et où lui furent offerts tant de secours pour se préparer au sacerdoce '.

1 La maison que M. de Courson possédait à Vallct, celle-là même oii s'écoula son enfance el oii, chaque année, quand il

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