‹ Vie de M. de CoursonChapitre 320 sur 336 · CHAPITRE XLIV S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV S

Dès qu'on apprit en province que le vénérable supérieur avait été administré, il lui arriva, de tous côtés, mille témoignages d'affection et de regrets; mais nulle part cette nouvelle ne causa autant d'affliction qu'à Nantes. « A peine, dit le biographe, suton dans cette ville que j\I. l'abbé de Courson était dangereusement malade, que plusieurs Nanlais, de ses amis, prirent en hâte le chemin de fer et se rendirent auprès de lui. Il les reçut avec cette joie et cette affabilité que nous avons déjà dites; mais il semblait qu'en ces derniers moments leur présence lui fût devenue plus chère, et que son affection pour eux eût besoin de trouver un contrepoids dans son humilité : « Jusqu'à quand, disait- il, ces pauvres Nantais s'abuseront -ils sur mon compte? Ils m'aiment trop 1 »

Ce ne furent pas seulement des ecclésiastiques et d'anciens élèves de M. de Courson qui accoururent de Nantes pour payer ce dernier tribut de reconnaissance à leur bien -aimé supérieur : on vit aussi arriver à Saint- Sulpice, et ce ne fut pas sans en être profondément touché, ce brave jardinier de Vallet, dont nous avons parlé plus haut et pour lequel M. de

était à Nantes, il allait prendre quelques jours de repos, échut, par son testament, à M™» Saulny, nièce de M"» Thibault, et adoptée par elle. A la mort de cette dame, la maison fut vendue avec le jardin et les terres qui en dépendaient ; et, comme elle se trouvait placée au milieu du bourg de Vallet, la fabrique en fit l'acquisition. Sur cet emplacement, qui est considérable, on voit maintenant un très beau presbytère et une église plus belle encore. Elle est sur le modèle et presque dans les proportions de Sainte -Clotilde, de Paris. Parmi les chapelles rayonnantes, il en est une, celle de Saint-Joseph, dont M. Martel a donné l'autel et les vitraux en souvenir de M. de Courson.

Courson était si charitable. Laissons encore M. l'abbé Cahour nous raconter cet épisode attendrissant : « Le sieur Fonteneau, dit- il, jardinier de M. l'abbé de Courson à Vallet, ayant appris la maladie de son maître et le premier danger qu'il avait couru, garnit immédiatement sa bourse de ses modiques économies et s'achemina vers Paris, où il n'avait jamais mis le pied. Arrivé dans cette ville, il se fait conduire directement au séminaire de Saint-Sulpice et demande à parler à M. de Courson. On ne s'empressait pas d'introduire un pareil visiteur. Fonteneau insiste, déclare qu'il ne se retirera pas qu'il n'ait vu son bon maure, si bien qu'on se résout à en référer à M. de Courson lui-même. « Oh! qu'il vienne, s'écria le charitable malade, qu'on le fasse monter tout de suite ! » Lorsqu'il fut entré dans sa chambre, il le prend par la main et l'embrasse avec une joie, un attendrissement que partageait le bon campagnard. « Et pourquoi es-tu donc venu de Nantes ici, mon bon Fonteneau? — Pour vous voir, notre maître , pas pour autre chose. On nous a dit que vous étiez bien malade, et je n'ai pas voulu vous laisser mourir sans vous avoir vu. — Mais est-ce que tu n'as pas demandé de mes nouvelles à ma famille? N'es-tu pas allé la voir avant de partir? — Je m'en suis bien gardé, notre maître; elle n'aurait pas voulu me laisser venir. — Mais, mon pauvre Fonteneau , où as-tu pris de l'argent pour faire le voyage? — J'en avais un peu, j'ai emprunté quelque chose encore; et puis, je serais plutôt venu à pied que de ne pas vous voir. » M. de Courson fit asseoir Fonteneau à côté de lui , l'entretint quelque temps; et, quand il se sentit fatigué et que la pre-

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