‹ Vie de M. de CoursonChapitre 32 sur 336 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

quels il vivait '. En faisant bien ce que tout le monde faisait dans une communauté d'élite comme celle de la Solitude, il ne pouvait manquer d'avancer beaucoup dans la sainteté. Nous aurons donc fait connaître la manière dont il passa cette année de probation en disant qu'il ne négligea rien pour profiter des grâces de choix qui y sont attachées. A celles qui étaient communes à tous s'ajouta pour lui la grâce d'une retraite dans laquelle, sous la direction de M. Mollevaut, il se prépara à l'ordination du diaconat. Cet ordre lui fut conféré par M^"^ de Quélen, archevêque de Paris, le 22 décembre 1821. Dès ce moment, il songea plus sérieusement encore que par le passé au divin sacerdoce , et la vue de cette sublime dignité, qu'il voyait maintenant de plus près, lui donna une nouvelle ardeur pour bien profiter du temps de la solitude.

Rien n'aurait surpassé le bonheur qu'il goûtait dans cette maison , si la pensée de sa famille, qui ignorait encore ses projets et devait infailliblement en être contristée, n'était venue altérer la joie de son cœur. Déjà, pendant les vacances précédentes, son père lui avait exprimé l'espoir de lui voir commencer son mi-

1 Parmi les prêtres de Saint -Sulpice qui firent leur solitude avec M. de Courson, nous remarquons surtout, pour ne parler que des morts, M. Bénésit, que le séminaire de Coutances a eu pour supérieur pendant vingt-six ans; M. Roy, dont la mémoire restera longtemps chère au clergé d'Orléans; M. Boudard, mort directeur au séminaire de Bayeux, en 1857, après trente -cinq ans de professorat dans cette maison; M. Bonavcnture Brun, qui travailla successivement dans les séminaires de Clermont et de Toulouse, et M. Achille de Valroger, qui vient de mourir plein de jours et de mérites au séminaire de Bayeux.

nistère sacerdotal dans la paroisse de la cathédrale de Nantes, ce qui devait leur permettre de vivre ensemble pendant une partie de l'année. L'humble séminariste, embarrassé d'une proposition si peu conforme à ses vues et ne voulant pas cependant blesser son père , se contenta de parler des pauvres qu'on a occasion de soulager dans les paroisses des faubourgs ou des campagnes : « Sachez d'ailleurs, ajouta-t-il en finissant, que le dernier vicariat du diocèse sera encore bien au-dessus de mon faible mérite. »

Il ne crut pas devoir s'expliquer davantage alors ; connaissant le cœur de son père et ses sentiments chrétiens, il espéra que, le moment venu, la permission de s'attacher à la compagnie de Saint- Sulpice ne lui serait pas refusée ; et là-dessus il entra à la Solitude , attendant en paix que la Providence lui ménageât l'occasion de faire une première tentative. Elle ne s'offrit ni pendant l'année du noviciat ni durant les vacances qui la suivirent, quoique, par suite des circonstances où il se trouvait, ses supérieurs lui eussent permis de les passer dans sa famille; et, le mois d'octobre arrivé, en repartant pour Issy, il ne parla que de l'ordination de la prêtrise,* à laquelle il allait se préparer.

Ses vues cependant ne pouvaient être complètement ignorées à Nantes ; les prêtres de sa connaissance et surtout les vicaires capitulaires qui gouvernaient le diocèse depuis la mort de M^'*' d'Andigné soupçonnaient bien, par son séjour à la Solitude, le projet qu'il nourrissait dans son âme, et généralement ce projet était vu de mauvais œil. Pourquoi, disait-on, veut-il rendre inutiles, en entrant à Saint-Sulpice,les

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