‹ Vie de M. de CoursonChapitre 33 sur 336 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avantages que sa naissance et sa fortune lui auraient donnés dans un autre ministère? Pourquoi cacher dans un séminaire les talents que Dieu lui a donnés ? Pourquoi, enfin , priver son diocèse des services qu'il avait droit d'attendre de lui ?

Ces rumeurs ne tardèrent pas à venir aux oreilles des parents de M. de Cour son ; son père et sa tante étaient déjà au courant de tout lorsqu'il leur fit ses adieux à la fin des vacances. Mais loin de lui demander quelque éclaircissement, ils attendirent dans un silence calculé qu'il parlât le premier, bien résolus à opposer un énergique refus à sa proposition. C'est ainsi qu'on se sépara au commencement d'octobre.

Cependant les directeurs du séminaire de Nantes s'alarmèrent du mécontentement des vicaires capitulaires et des oppositions que l'on prévoyait du côté de la famille. L'un d'eux, plus lié avec M. de Courson et en relation habituelle avec M. Mollevaut, demanda à ce vénéré supérieur la conduite à tenir dans cette circonstance. «Pour M. de Courson, répondit-il aussitôt, je vous dirai que deux choses m'étonnent : la première , c'est qu'on veuille donner à quelqu'un une vocation qu'il n'a pas et lui arracher celle que Dieu lui a donnée ; ce n'est pas ainsi que se traitent des affaires si majeures. La seconde, c'est quel'on puisse s'imaginerque l'on est noyé dans un séminaire, où l'on forme tous les prêtres d'un diocèse, et qu'ailleurs on pourrait rendre de plus grands services. Quelque sentiment qu'on ait sur la compagnie de Saint-Sulpice, ne pensons qu'à faire le bien, le reste ne nous regarde pas, et les contradictions ont de tout temps accompagné l'œuvre de Dieu. Quant aux difficultés de la part des parents, la

Providence les connaît bien et saura tout disposer sans que les hommes doivent s'en inquiéter. »

M. Mollevaut ne parlait pas autrement dans ses rapports avec M. de Gourson. 11 l'encourageait par les pensées de la foi , lui disant de mettre en Dieu toute sa confiance, d'attendre sans trouble et sans préoccupation l'occasion de présenter sa demande. Cette occasion, nous allons le voir, ne tarda pas à s'offrir.

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