‹ Vie de M. de CoursonChapitre 324 sur 336 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Après la prière du soir, M. de Gourson témoigna le désir de voir tous les directeurs du séminaire de Paris réunis dans sa chambre, afin de leur faire ses derniers adieux. Quand ils furent auprès de lui et qu'il eut commencé à leur parler, son esprit s'éleva à une hauteur de pensées qui pénétra d'admiration tous ceux qui l'entendirent. C'est dans ce moment que jaillit brûlante de son cœur une prière qui se grava dans la mémoire des assistants • : « Sainte Vierge , dit le pieux mourant, gardez la petite Compagnie ; ne permettez pas qu'elle s'écarte jamais de sa voie, conservez en elle la simplicité, l'éloignement pour toutes les nouveautés, le respect et l'obéissance pour notre saint-père le pape, pour les saints prélats. Que le bel esprit n'y pénètre jamais ; qu'elle vive toujours en paix avec les communautés ecclésiastiques et régulières ! »

Ici le vénérable supérieur, s'interrompant lui-même, eut un souvenir spécial pour les pères de la compagnie de Jésus, qu'il avait toujours, comme on l'a dit, particulièrement estimés et aimés ; il dit que c'étaient de bons ouvriers, de vrais serviteurs de Dieu qu'il fallait beaucoup honorer.

M. de Courson demanda ensuite qu'en présence de ses confrères on lui appliquât l'indulgence in articulo mortis, et cette cérémonie devint un édifiant spectacle pour tous les assistants. Transporté dans un fauteuil, en face de la statue de Marie et du cœur de M. Olier, le saint malade récita la prière : 0 Jesu, vivens in Maria, pour la compagnie de Saint -Sul-

1 M. Carbon nous l'a conservée dans la lettre mortuaire adressée à tous les séminaires de Saint-Sulpice.

pice ; ensuite, après avoir reçu l'indulgence plénière, prenant le cœur de M. Olier, il le baisa respectueusement et s'en servit pour bénir les directeurs présents ; il bénit encore avec eux tous les membres de la société, le séminaire de Paris, toutes les maisons que dirigent les prêtres de Saint-Sulpice et en -particulier les deux maisons de Nantes. Après quoi , il embrassa tous les directeurs et donna de nouveau à chacun d'eux sa bénédiction.

Une scène si touchante émut jusqu'aux larmes ceux qui en furent témoins. « Impossible, disait l'un d'eux, de rendre le ton pénétré avec lequel ce père de Saint-Sulpice, avant de nous bénir, a recueilli ses forces défaillantes et a prononcé sur nous cette prière de famille : « 0 Jésus vivant en Marie ! etc. »

Parmi les prêtres de Saint-Sulpice qui reçurent en ce moment la bénédiction et les adieux du saint mourant, se trouvait M. Martel, arrivé de Nantes, le matin même, pour répandre encore une fois son cœur dans celui de son bien -aimé père. Grande avait été son émotion en se présentant à lui, car les traits du malade ne lui laissèrent aucun doute sur la proximité de sa mort. M. de Courson le reçut en souriant et lui dit, en le serrant dans ses bras, qu'il n'était pas affligé de se trouver réduit à cet état. Il lui fil ensuite des recommandations spéciales, au sujet de quelques souvenirs qu'il voulait laisser à des parents et à des amis qui lui étaient spécialement chers, ou à qui il espérait que cette marque d'affection serait utile; car, jusqu'à la fin, son bon cœur lui rendait présents tous ceux auxquels il portait intérêt, et.au milieu même des souffrances les plus aiguës , il don-

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