CHAPITRE XLV
naiL encore des preuves louchantes de celte présence d'esprit, de ce tact exquis et de cette délicatesse de sentiments dont sa vie offre tant d'exemples'.
La nuit qui suivit la cérémonie dont on vient de parler, fut très douloureuse. « On pourrait, dit le biographe, l'appeler une sorte d'agonie. Le malade était incapable de garder aucune position, il fallait le soutenir entre les mains. » Cependant, même dans cet état violent, il s'occupait encore de ses infirmiers et pourvoyait, avec sa tendresse ordinaire, à ce qu'ils prissent quelque soulagement. Il put aussi, malgré son épuisement, s'entretenir avec M. Martel, qui passa toute la nuit auprès de lui. Mais ni sa conversation avec ce fidèle ami, ni la violence' de la douleur ne pouvaient le distraire de la pensée de l'éternité vers laquelle il s'approchait à grands pas. Le médecin étant arrivé le matin pour lui faire sa première visite et ayant appris que la nuit avait été très mauvaise, lui en témoigna son affliction, mais, ajouta-t-il, j'espère que la nuit prochaine vous pourrez reposer. — Oh ! oui, docteur, répondit-il aussitôt : In pace in hlipswn dormiam et requiescam ^
Dans la matinée de ce jour, veille de sa mort, on lui porta le saint viatique ^ La communauté était présente. La faiblesse toujours croissante du malade
1 « Se rappelant , dit M. l'abbé Cahour, qu'il avait reçu d'un prêtre du diocèse de Nantes une tabatière qui avait autrefois appartenu à un membre de sa famille, il témoigna le désir qu'on la rendît à cet ecclésiastique » [Biographie , p. 29.)
2 Je dormirai et je reposerai en paix dans le sein de Dieu. (Ps. IV, V. 9.)
3 II avait pu communier plusieurs fois, à jeun, pendant le cours de sa maladie.
ne lui permit pas d'élever la voix, et d'épancher une dernière fois son âme dons celle de ses enfants ; seulement une douce et aimable sérénité peinte dans ses trails, le sourire de ses lèvres témoignaient assez des sentiments de paix dont jouissait son âme et de la bienveillance qui remplissait son cœur. Directeurs et séminaristes appréciaient plus que jamais, en ces jours de douleur, le trésor qu'ils possédaient dans un si digne supérieur, et, au moment de le perdre, les liens qui les attachaient à lui, semblaient se resserrer. « Les jeunes gens, dit un témoin, se disputaient à qui viendrait veiller auprès de ce bien-aim.é père ; tous auraient voulu le voir, le revoir encore ; on enviait surtout le bonheur de lui parler, de se recommander à lui ; il répondait à chacun par un mot ou deux ; toujours souriant, il ne cessait en quelque sorte de donner sa bénédiction aux séminaristes qui se succédaient ^))
« Le désir d'admirer tant de vertus, dit encore le même témoin, s'était étendu hors de l'enceinte de la maison. On voyait dans l'appartement deM.de Courson, mêlées aux directeurs et aux élèves, des personnes du dehors qui ne pouvaient se lasser de contempler un spectacle si édifiant. »
Le général Bedeau, qui se trouvait à Paris, voulut aussi visiter et embrasser son saint ami une dernière fois, et il aimait à dire plus tard combien cette entrevue l'avait frappé. Dès l'entrée il fut profondément touché, en se voyant introduire par le séminarisie qui faisait les fonctions d'infirmier, dans la petite
1 Biographie, p. 30.