CHAPITRE XLV
chambre où était le bon supérieur. La simplicité de l'ameublement jointe à l'exiguïté du lieu l'étonna. Mais il ne fut pas longtemps à ces pensées. A la vue du pieux mourant, le général se sentit suffoqué par la douleur et par les larmes ; avant qu'il pût dire un mot, M. de Courson lui tendit une main tremblante, et, l'attirant à soi, s'efforça de le consoler. Il l'encouragea ensuite à persévérer dans la pratique de la vertu et l'accomplissement des devoirs du chrétien. « Cette exhortation, dit encore le respectable ecclésiastique à qui nous devons ces détails, fît sur le cœur du général une impression qui ne s'est pas effacée et a sûrement contribué à lui faire obtenir de Dieu cette mort de prédestiné qui a tant édifié, à Nantes, ceux qui en ont été les témoins. »
Dans le cours de cette même journée, le pieux malade adressa aussi à M. Aurélien de Courson, qui était agenouillé près de son lit, quelques paroles de consolation et d'encouragement qui n'ont pas été oubliées. Le faisant approcher, il l'exhorta à vivre toujours en bon chrétien et à placer en Dieu toute sa confiance: « Ne craignez rien , lui dit-il , servez Dieu , et Dieu vous bénira. » — « Il semblait, ajoute ce digne parent de M. de Courson, que Dieu n'entretenait quelques restes de vie, dans le corps brisé du vénérable prêtre, que pour l'édification de ses enfants et l'accroissement de ses mérites. Il souffrait des douleurs indicibles, mais c'était avec un calme, une sérénité dont on ne peut se faire une idée. Il avait fait mettre son chapelet autour de son cou, avec son scapulaire et une croix ; et, malgré l'altération profonde de ses trails contractés par d'intolérables souffrances,
je ne sais quoi de souriant rayonnait dans son regard, et son visage s'était empreint d'une expression de béatitude qui a fait l'admiration de tous ceux qui l'ont approché'. »
Les RR. PP. capucins visitèrent aussi M. de Courson dans la journée qui précéda sa mort. Il y avait un an que ces religieux étaient venus le consulter sur le projet de fonder un établissement à Paris. Il approuva fortement cette idée et les encouragea à la mettre à exécution, en leur indiquant le moyen qui, suivant lui, devait contribuer efficacement à les rendre populaires. Après plusieurs mois de démarches, quand tout était prêt pour commencer leur œuvre, ils venaient remercier le bon supérieur de ses excellents conseils. L'ayant trouvé étendu sur son lit de douleur, ils ne purent que lui demander sa bénédiction, qu'il leur donna dans toute la tendresse et l'effusion de son cœur.
M. de Courson n'avait pas oublié que M. Mollevaut, retenu par ses infirmités, ne s'était pas trouvé à la réunion de la veille. Désirant lui faire aussi ses derniers adieux , il demanda à le voir. Deux séminaristes allèrent immédiatement prendre le saint vieillard dans sa chambre. Dès qu'il fut assis, M. de Courson lui dit : « Eh bien, mon bon père Mollevaut, vous comptiez partir avant moi, et voilà que je prends les devants *. » — « C'a été, dit un des témoins de cette dernière entrevue, un spectacle touchant jusqu'aux
1 Notice, p. 15.
* L'ancien supérieur do la Solitude survécut quatre ans à M. de Courson; mais dès 1850 il était très affaibli, et le moral comtneugait aussi à baisser.