‹ Vie de M. de CoursonChapitre 327 sur 336 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

larmes, de voir ces deux saints se parler en saints, essayer de s'embrasser sans pouvoir y parvenir, se serrer la main; l'un rappelait à l'autre qu'il fut son ange à Issy et l'initia à la vie du séminaire, qu'il l'assista à sa première messe ; l'autre, voyant en son supérieur la personne de Jésus -Christ, gardait un silence d'émotion ; enfin, ils se séparèrent l'un et l'autre dans la douce espérance d'une prochaine réunion. »

Vers les trois heures de l'après-midi, le mal augmenta sensiblement; l'heure des extrêmes souffrances était arrivée pour le pieux malade, mais sa résignation, sa patience croissaient à proportion. « Elles furent vraiment héroïques, dit M. l'abbé Gahour, dans la nuit du mardi au mercredi et dans la matinée de ce jour, qui fut celui de sa mort. De sa poitrine s'échappaient des gémissements que lui arrachait la violence de la douleur, mais de son cœur ne sortaient que des actes de conformité à la volonté de Dieu et des élans d'amour. « Mon Dieu, disait-il, que mon agonie se prolonge autant que vous voudrez ; j'accepte tout de votre main; j'en ai mérité bien davantage *. »

Ce n'est pas avec résignation seulement qu'il acceptait les souffrances, il les embrassait avec amour, et si quelque chose avait pu lui faire craindre la mort, c'eût été la pensée qu'elle mettrait fin à ses douleurs ; car ses douleurs l'unissaient à Jésus souffrant, et sous ce rapport elles lui étaient chères. L'observation qu'il fit à un de ses médecins qui cherchait à faire écouler l'eau dont ses jambes étaient pleines

1 Biographie, p. 30. Notice, p. IG.

et qui le fatiguait beaucoup , révèle bien cette héroïque disposition, a Si ce que vous faites, dit-il, est inutile pour me sauver, laissez- moi souffrir. — Le devoir du médecin, répondit le docteur, est de soulager autant que possible toutes les douleurs, et celui du malade est d'obéir et de laisser faire. — ■ Vous avez raison, » reprit aussitôt le bon supérieur; et il se soumit à tout ce qu'on voulut ^ »

Sa grande consolation , au milieu de ses cruelles souffrances, était de recourir à Jésus crucifié. « Vive Jésus ! répétait -il avec amour, vive sa croix! » Puis il disait aux médecins , qui s'étudiaient à trouver les moyens de le soulager : « Croyez- moi, Messieurs, c'est la croix qu'il me faut. Mon crucifix me fera plus de bien que tout ce que vous pouvez essayer. »

Ce fut sans doute pour récompenser la dévotion de ce fidèle ami de la croix que Notre- Seigneur lui accorda, au moment de ses plus vives souffrances, la consolation d'avoir quelque temps dans sa chambre, de contempler de près et à loisir, de porter même à ses lèvres mourantes, les saintes reliques de la passion, que possède la métropole de Paris. Par une distinction bien particulière et qui montre à quel point cet excellent supérieur avait conquis l'estime et l'affection du clergé de la capitale, M^' l'archevêque et MM. les chanoines de Notre-Dame de Paris voulurent d'un commun accord que celte précieuse faveur lui fût accordée, dans ses derniers moments. Loin d'avoir sollicité une pareille grâce, l'humble malade éprouva

1 Biograpiiie, p. 3i.

Page 1