‹ Vie de M. de CoursonChapitre 329 sur 336 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

crises ayant cessé complètement, il ferma doucement les yeux et inclina un peu la tête. Il avait cessé de vivre, mais si paisiblement, que MM. Martel etBaudry, sur les bras desquels il était appuyé, ne s'en aperçurent pas. Ces deux amis de M. de Courson et toutes les personnes présentes, le regard fixé sur le visage du saint mourant, l'anxiété dans le cœur, les yeux pleins de larmes, attendaient encore son dernier soupir, et déjà il avait paru devant Dieu. C'était le 10 avril 1850, vers neuf heures et demie du matin.

La nouvelle de cette mort produisit une profonde impression dans le clergé de Paris. M^ Sibour, qui avait visité plusieurs fois M. de Courson pendant sa maladie, s'empressa de venir prier près de ses dépouilles mortelles. Beaucoup d'ecclésiastiques de Paris firent de même et se mêlèrent aux directeurs et aux élèves du séminaire, qui, les larmes aux yeux, psalmodiaient nuit et jour l'office des morts autour du vénérable défunt.

Le jour même de la mort, M. Carbon annonça aux prêtres de Saint-Sulpice, travaillant dans les séminaires de province et en Amérique, la grande perte qu'ils venaient de faire, c Le coup dont nous étions menacés depuis plus d'un mois, disait-il en commençant, est enfin tombé sur nous et nous plonge dans la plus vive affliction. Notre très cher et très honoré père vient d'être enfevé, après une longue et cruelle maladie, à notre tendresse filiale. En adorant la main qui nous frappe, avec la résignation que donnent la foi et la religion , nous versons des larmes amères et nous éprouvons une profonde et bien légitime douleur. Il semble que nous ne l'ayons connu que pour

regretter plus vivement sa perte. Il n'y a pas encore cinq ans accomplis que nous vivions heureux sous son gouvernement paternel, et le voilà déjà ravi à la tendresse de ses enfants. Pour lui, il a ce qu'il souhaitait : il est heureux maintenant dans le ciel, nous avons lieu de l'espérer de la sainteté de sa vie ; mais dans quelle désolation il nous plonge et quel vide il laisse après lui ! »

« Nous n'oublieronsjamais,disait-il ensuite, sa tendre piété, la sagesse de son gouvernement, sa douceur, qu'il savait si bien concilier avec la fermeté , son habileté dans la conduite des affaires, la rectitude de son jugement, sa prudence, sa modération, son application au travail et son dévouement sans bornes pour le bien de la Compagnie et des séminaires qu'elle dirige. Il est mort emportant les regrets de ses chers enfants en Notre -Seigneur, des élèves du séminaire, de M^"" l'archevêque, qui l'honorait de toute sa confiance, du clergé de Paris et surtout des ecclésiastiques que des relations particulières avec lui avaient mis plus à même d'apprécier ses éminenles qualités. Il a rendu son âme à Dieu, aujourd'hui, 10 avril, après avoir singulièrement édifié, pendant sa maladie, tous ceux qui l'entouraient et qui lui ont prodigué leurs soins, par son humilité, sa tendre piété, sa constante résignation, sa patience invincible , au milieu des plus cruelles douleurs qui ont achevé de purifier son âme, dans ses derniers moments". »

Les prêtres de Saint -Sulpice, disséminés dans les provinces, quoique préparés à cette nouvelle, nel'ap-

1 Lettre mort.

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