OPPOSITIONS FAITES A LA VOCATION DE M. DE COURSON
Au moment où M. de Gourson quitta sa famille pour rentrera la Solitude, le siège de Nantes, comme on l'a vu, était vacant; mais l'abbé de Guérines % choisi pour succéder à M^'" d'Andigné, avait déjà reçu l'institution canonique et ne devait pas tarder à se faire sacrer '.Ce digne ecclésiastique, qui aimait beaucoup le séminaire de Saint-Sulpice, où il avait fait ses études théologiques et sa préparation au sacerdoce, désira , pour se retremper dans la ferveur de sa jeunesse cléricale, que la cérémonie de sa consécration se fît dans la modeste chapelle de Lorette, à Issy, où tant de fois pendant son séminaire il s'était offert à Dieu par les mains de la très sainte Vierge.
Ce petit sanctuaire, fidèle imitation de la San^a Casa de Lorette en Italie, a toujours été, depuis deux siècles
1 Joseph-Michel- Jean-Baptiste-Paul-Auguslin Micolon de Guérines, né dans le diocèse de Clermont, fut chanoine et vicaire général de cette église avant d'être nommé à l'évêché de Castres en 1817. L'érection de ce siège n'ayant pas été maintenue, i4 fut transféré à Nantes en 1822 et gouverna très sagement ce diocèse jusqu'à sa mort, arrivée le 12 mai 1388.
qu'il existe, l'objet de la dévotion spéciale des ecclésiastiques de Saint-Sulpice : « Image fidèle de l'humble demeure qui fut ici-bas celle du Verbe incarné et de sa sainte Mère, celte chapelle, dit un auteur déjà cité plus haut, a été le berceau de la vie sacerdotale pour des multitudes de prêtres que le regard de Dieu peut seul compter. » Tous aiment à y revenir prier après leur séminaire; la plupart y viennent célébrer une de leurs premières messes, et parmi ceux qui furent promus à la dignité épiscopale plusieurs, comme M. de Guérines, désirèrent qu'on y fît la cérémonie de leur sacre \
Lorsque, dans les premiers jours de novembre, l'évêque nommé de Nantes arriva à Issy pour s'y mettre en retraite, M. de Gourson, qui était diacre, fut désigné pour l'assister à l'autel, et ces rapports journaliers firent bientôt naître dans le cœur du vertueux prélat des sentiments de bienveillance et d'intérêt, dont le jeune diacre ne manqua pas de profiter. Le jour même du sacre il se présenta à lui, tomba à ses genoux, et, après avoir reçu sa bénédiction, il lui ouvrit son cœur et lui fit connaître avec simplicité le désir qu'il avait de s'attacher à la compagnie de Saint-Sulpice, le suppliant de ne pas refuser cette grâce, la première qui lui était demandée par un de ses diocésains.
Le nouvel évêque, touché d'une prière faite avec tant de modestie et en des circonstances si mémorables pour lui, ne prit conseil que de son cœur et
1 Quelques mois avant M. de Guérines, M. Frayssinous, évoque d'Hermopolis, s'y était l'ait sacrer et y avait donné la tonsure à M. de Ravignan. {Vie de M, Frayssinoiof , p. 360.)