CHAPITRE XLV
du cœur de M. de Gourson. Nous sommes heureux de pouvoir reproduire cette lettre qui parut aux Bretons la plus touchante des oraisons funèbres.
« Monsieur le curé,
« L'Église de Nantes est en deuil. Nous pleurons, avec la société de Saint-Sulpice, qui nous est tous les jours plus chère, M. Louis de Gourson , son supérieur général, et, depuis vingt-sept ans, vicaire général de ce diocèse. Vous pleurez tous, avec moi, un ami d'un conseil sûr, de l'affection la plus tendre, du dévouement le 'plus généreux. Pour le plus grand nombre d'entre vous, comme pour moi, son souvenir se rattache aux jours bénis de notre séminaire, au berceau de notre sacerdoce; et, depuis cette époque, aucun de nous ne l'a revu sans sentir se resserrer encore les liens qui nous unissaient à lui.
« Je l'aimais bien avant de venir parmi vous ; mais depuis que j'ai trouvé partout, dans ce diocèse, les traces de sa salutaire influence ; dans tous nos établissements, des preuves de son admirable sagesse et de sa charitable munificence ; dans tous vos cœurs surtout, quelques souvenirs de sa bonté graves en traits ineffaçables, je l'ai aimé bien plus encore. Mon affection s'était augmentée de toute la reconnaissance que je dois à ceux qui vous font du bien ; et maintenant mon âme est triste, parce que nous l'avons perdu. Je sais bien qu'une grande gloire lui est assurée dans le ciel , que la mort a été pour lui un gain: mais combien il nous était encore nécessaire' Qi qu'il m'élait
doux de m'appuyer sur lui pour procurer le salut de mon cher troupeau !
« Nous bénirons tous ensemble, monsieur le curé, la société de Saint-Sulpice, qui apporte un adoucissement à notre douleur, en nous accordant le cœur de notre vénérable ami ; ce cœur qui nous a tant aimés et qui, de loin, tressaillait et battait plus fort, je le sais, au seul souvenir de Nantes; ce cœur dont les dernières pulsations se sont éteintes, la bonne Providence l'a permis, entre les bras et sur le cœur des prêtres nantais qui se sont succédé auprès de lui.
« Je vous appelle, monsieur le curé, à venir recevoir avec moi et à entourer de votre tendre vénération cette précieuse portion de ses dépouilles mortelles. Le jeudi 18 avril, nous en ferons la translation à la chapelle du séminaire des philosophes, après un service solennel, qui aura lieu au grand séminaire; et mardi 23, nous célébrerons, dans l'église cathédrale, avec notre chapitre, dont M. de Courson était membre, un autre service, auquel pourront assister ceux d'entre vous que leurs occupations auraient retenus pendant la semaine précédente.
« Tous nous offrirons, pour ce mort bien-aimé, le saint sacrifice de la messe ; et, en priant le divin Maître de purifier son âme de ses dernières taches, nous n'oublierons pas de le remercier de toutes les grâces dont il l'avait comblée. Nous méditerons, dans le secret de nos cœurs, ses exemples, ses leçons, ses conseils, et nous aimerons à aller prier dans cette chapelle, qui possédera désormais un des riches trésors de notre Église. »