‹ Vie de M. de CoursonChapitre 333 sur 336 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Plus de deux cents prêtres répondirent à cet appel et accoururent des paroisses même les plus éloignées, pour se joindre aux élèves du grand séminaire et de la maison de philosophie dans celte touchante cérémonie. M»'' Jaquemet la présida en personne. Après l'office des morts, célébré par tant de voix graves et profondément émues , le saint sacrifice de la messe fut célébré par M. l'abbé Vrignaud, vicaire général du diocèse et l'ami d'enfance de M. de Courson. Les absoutes d'usage furent faites par M^^' l'évêque , et le cortège se mit en marche vers la maison de philosophie.

« C'était un spectacle imposant, dit M. l'abbé Cahour, à qui nous empruntons tous ces détails, que, cette longue file de prêtres, accompagnant la dépouille mortelle de leur ami, de leur père, et chantant des psaumes pleins de saintes tristesses et d'éternelles espérances ; on eût dit une marche triomphale autant qu'une pompe funèbre. Un grand nombre de laïques s'étaient joints au deuil.

« Arrivé au séminaire de philosophie, le cœur fut placé dans la chapelle, transformée à son tour en chapelle ardente, et il y demeura exposé jusqu'au lendemam, où, à la suite d'une nouvelle cérémonie religieuse, il fut descendu dans le lieu qui lui avait été préparé et qui fait face à celui où repose le cœur de M^ de Guérines. Ainsi, par une disposition admirable de la Providence, se trouvaient réunis après leur mort ces deux cœurs, si étroitement liés pendant leur vie et qui avaient fait de cette maison l'objet de leur plus vive prédilection et de leurs plus douces espérances. »

Cinq jours après, un troisième service solennel, pour le repos de l'âme de M. de Courson, attirait à la cathédrale une foule plus nombreuse encore d'ecclésiastiques et de laïques. Mais là ne devaient point se borner ces démonstrations empressées. A la première nouvelle que le cœur de M. de Courson venait reposer à Nantes, ses anciens élèves et amis se réunirent spontanément et en grand nombre, et il fut résolu que l'on élèverait dans la chapelle du séminaire de philosophie un monument à la mémoire du bien-aimé défunt. Une commission, dont M^'' l'évêque voulut bien accepter la présidence, fut nommée à cet effet. Elle reçut de nombreuses souscriptions, personne, parmi ceux qui connurent particulièrement M. de Courson, ne voulant rester étranger à ce témoignage de vénération et de reconnaissance.

Ce monument, comme le savent tous ceux qui ont visité la chapelle des philosophes de Nantes, consiste en une grande plaque de marbre blanc encadrée par des moulures et placée dans le mur, à gauchede l'autel. M. de Courson , à genoux et en habit de chœur, y est sculpté en demi-relief; et quoique dans ce travail, rien ne dénote le ciseau d'un artiste de premier mérite, on y reconnaît sans peine les traits, l'air et la pose du bon et pieux supérieur.

C'est derrière ce modeste monument que repose, dans l'urne qui le contient, le cœur vénérable de M. de Courson. 11 ne pouvait être mieux placé que près de cet autel où tant de fois l'humble et saint prêtre offrit les divins mystères ; dans cette chapelle qu'il fit bâtir et où il trouvait sa consolation à visiter le très saint Sacrement, à parcourir les stations du

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