‹ Vie de M. de CoursonChapitre 36 sur 336 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ses élèves qu'il envoyait au séminaire de Saint -Sulpice. « Vous savez, écrivait-il à l'un d'eux, aujourd'hui religieux de la compagnie de Jésus, que je vous ai chargé de rendre grâce à la sainte Vierge des faveurs qu'elle m'a obtenues dans la chapelle de Lorette; soyez un mandataire fidèle, car vous avez accepté mon mandat. »

Ordonné prêtre, M. de Courson ne se hâta pas de quitter le séminaire : il voulut, avant de rentrer dans sa famille, consacrer quelques jours à l'action de grâces et goûter à loisir les joies que lui avait fait éprouver l'ordination. Plus tard, il ne manquait pas de conseiller cette pratique à ses chers enfants : « Après l'ordination, écrivait-il à l'un d'eux en 1843, vous passerez peu de temps chez vos parents, et vous ne vous y rendrez qu'après avoir savouré quelques jours les douceurs du Seigneur sur son pauvre petit prêtre. »

Obligé de se rendre enfin aux désirs de sa famille, il fit ses adieux à ses chers confrères d'Issy et de Saint-Sulpice, reçut une dernière bénédiction des maîtres vénérés qui l'avaient guidé dans le chemin de la perfection , et s'agenouilla encore une fois dans le sanctuaire de Lorette. Ce ne fut pas sans éprouver un serrement de cœur qu'il s'éloigna d'une maison où Dieu l'avait comblé de grâces si privilégiées. Invitant plus tard M. Léopold Sebaux, aujourd'hui évêque d'Angoulême, à venir le voir à Issy, il lui disait : « Quel plaisir j'aurais de vous montrer nos sanctuaires d'Issy, de cette chère maison où se sont écoulées si rapidement les belles et mille fois regrettables années de ma jeunesse cléricale ! »

Dans la pensée du vénérable supérieur de Saint- Sulpice, M. de Courson, après quelques semaines données à ses parents , devait prendre rang parmi les directeurs du séminaire de Nantes et commencer dans son pays natal le ministère important pour lequel Dieu lui avait donné un attrait si prononcé et des aptitudes si remarquables. M. Duclaux, il est vrai, s'était borné d'abord à communiquer son projet à M. Morel; mais il dut bientôt après le faire connaître à M. de Courson lui-même.

Dès les premiers jours passés dans sa famille, celui-ci n'avait pas eu de peine à s'apercevoir que la consolation éprouvée par ses vertueux parents, en le voyant monter à l'autel, se trouvait mêlée d'une secrète amertume sur laquelle ils évitaient avec soin de s'expliquer, mais dont il pénétrait facilement la cause. Elle n'était autre que son projet d'entrer à Saint-Sulpice, qu'ils n'ignoraient pas, et qui les affligeait profondément. Ce voile de tristesse, couvrant sans cesse le visage de son vénérable père et de sa bonne tante , lui devint bientôt un sujet de peine insupportable, et, malgré la force d'âme qui s'alliait chez lui à une exquise sensibilité, il résolut de sortir au plus tôt d'un état si violent.

A cet effet il écrivit à M. Duclaux et lui fit connaître son intolérable situation. Touché jusqu'au fond de l'âme à la lecture de sa lettre, le bon supérieur se hâta de le consoler en lui disant qu'il pouvait rassurer ses parents et leur dire que son entrée à Saint-Sulpice ne le séparerait pas de sa famille, parce qu'il allait être nommé directeur du séminaire de Nantes. M. Duclaux se trompait en pensant que cet acte de

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