‹ Vie de M. de CoursonChapitre 37 sur 336 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

paternelle condescendance ferait cesser toutes les oppositions.

M. de Goùrson lui-même, au moment où il écrivit à son vénérable et très compatissant supérieur, ne connaissait pas encore jusqu'où serait portée la résistance qu'il aurait à vaincre. M»'' de Guérines était à peine arrivé à Nantes pour y prendre possession de son siège que M. de Gourson père avait demandé à l'entretenir. Dans cette audience il exprima vivement au nouvel évêque l'affliction que causait à toute sa famille la détermination de son fils ; il lui représenta le grand sacrifice qu'il avait fait en consentant que ce fils , unique héritier de son nom et de sa fortune , entrât dans le clergé et le conjura de ne pas permettre au moins que, sa vie durant, il fût privé de la consolation de l'avoir auprès de lui.

M»'' de Guérines consola de son mieux le bon vieillard et lui fit espérer la satisfaction qu'il désirait. Quelques ecclésiastiques de Nantes joignaient leurs représentations à celles de la famille et priaient Monseigneur de ne pas priver le diocèse d'un sujet si précieux, disant que la promesse faite à Issy avait été surprise et ne devait pas être ratifiée.

L'évêque de Nantes n'était déjà que trop disposé à se rendre aux sollicitations qu'on lui faisait de toute part. Ge prélat, si connu par sa sagesse et sa pénétration d'esprit, avait déjà découvert par une sorte d'intuition les ressources de cette nature si bien douée, et les secours qu'il pourrait en tirer dans le gouvernement de son diocèse. Au fond du cœur il désirait le garder auprès de sa personne, mais il avait donné sa parole, et, en la retirant, il craignait de con-

trister les Messieurs de Saint-Sulpice et surtout leur bon et vénérable supérieur.

Une dépêche ministérielle qu'il reçut vers ce temps lui offrit un moyen convenable de se désister de sa promesse sans blesser personne. Le gouvernement de la Restauration, ne voulant désigner pour remplir les sièges épiscopaux que des sujets dignes et capables de ces importantes places, s'était adressé à tous les prélats du royaume en vue d'obtenir qu'ils cultivassent avec soin les jeunes ecclésiastiques de leurs diocèses qu'ils jugeraient capables d'être élevés un jour à l'épiscopat. A la lecture de cette circulaire, la pensée de M^ de Guérines se porta immédiatement sur M. de Courson ; il le manda à l'évêché et lui offrit des lettres de grand vicaire.

Cette proposition fut comme un coup de foudre pour l'humble prêtre, lorsqu'il comprit que le prélat parlait sérieusement, car un moment il en douta , tant lui paraissait étrange une pareille nomination. Dans son effroi il se hâta de remercier et de représenter son insuffisance, qui le rendait incapable d'un pareil emploi. M^'' de Guérines insista cependant et exigea de lui qu'il consulterait les personnes en qui il avait confiance.

M. de Courson s'adressa à M. Mollevaut et lui exposa avec candeur sa pénible situation ; le vénérable Supérieur lui répondit sans hésiter qu'il devait tout refuser. Cette réponse portée à l'évêque de Nantes parut le mécontenter; mais il n'insista pas et dit à M. de Courson qu'il ne lui parlerait plus de cette affaire.

Rassuré de ce côté, celui-ci commença à respirer

Page 1