CHAPITRE VI
librement. « J'espérais désormais, disait-il à M. Duclaux, en lui rendant compte des nouvelles tribulations dont son âme fut affligée, voir mon affaire parvenir promptement à sa fin, et je me flattais que les termes paternels de votre lettre et la liberté qu'ils me laissaient de rassurer ma famille lèveraient toutes les difficultés de son côté. Le bon Dieu ne l'a pas voulu ainsi, et l'ouverture que j'ai faite de mon dessein d'entrer à Saint -Sulpice a été reçue de la manière la plus affligeante pour moi. Sitôt que j'eus prononcé le nom de Saint- Sulpice, ma tante tomba dans un état à me faire craindre qu'elle étouffât. Je demeurai plusieurs heures à tâcher de la calmer, mais inutilement. Mon père montra plus de tranquillité, mais il me dit sévèrement qu'il ne consentirait jamais à mon projet. J'espérais beaucoup du temps ; j'ai laissé passer quinze jours et hier j'ai livré un nouvel assaut à mon père en particulier. Il n'a pas eu un meilleur succès, et je n'ai eu que la même réponse. »
« Mon père, ajoutait-il ensuite, est fort de l'autorité de quelques-uns des ecclésiastiques de Nantes les plus respectables, qui sont entièrement opposés à mon entrée au séminaire, et cette autorité suffit pour rassurer sa conscience sur l'opposition qu'il met à mon projet. Monseigneur même, en lui témoignant le regret qu'il a que je ne demeure pas dans le ministère extérieur, contribue beaucoup à l'affermir dans le parti qu'il a pris. »
En terminant, M. de Courson laissait voir à son excellent supérieur tout ce qu'il y avait dans son âme de soumission à la sainte volonté de Dieu et de con-
G/i VIE DE M. DE COURSON
fiance en sa Providence paternelle. « Cette confiance, disait-il, a été ma seule consolation dans les chagrins qui sont venus sur moi depuis que je suis ici, et je vous avoue que je les ai sentis bien vivement. Je prévois encore bien des difficultés : la main de Dieu me conduira où elle voudra. Je demande seulement la patience et la persévérance à attendre les moments de la Providence. Je demande encore la continuation du profond attachement que j'ai voué à la compagnie de Saint-Sulpice. »
Une affection si vive et si persévérante toucha sensiblement M. Duclaux ; il s'empressa d'assurer ce cher disciple que malgré l'impossibilité où les circonstances le mettaient de suivre immédiatement son attrait pour l'œuvre des séminaires, il le regardait comme l'un de ses enfants , et aurait toujours pour lui la tendresse d'un père. M. MoUevaut, de son côté, ne négligeait rien pour le consoler et l'affermir dans le refus des fonctions de grand vicaire. « Encouragez M. de Courson au mépris des vanités humaines, disait-il à un directeur du séminaire de Nantes; quant à son affaire , elle est entre les mains de Dieu, et il n'y a pas d'inquiétude à avoir. »
Ah ! les vanités humaines ne tentaient guère en ce moment M. de Courson. Rien ne l'effrayait autant que les fonctions dont M^"" de Guérines lui avait parlé une première fois; il tremblait continuellement que le trop bienveillant prélat ne revînt à la charge ; et cette crainte était bien fondée, car dès le mois de février il fut appelé de nouveau à l'évêché. Dans cette entrevue Monseigneur lui dit qu'il se croyait obligé de mettre fin aux perplexités dans lesquelles était sa